Le sous-commandant Marcos : une autre histoire de l’Amérique latine

Rafael Sebastián Guillén Vicente, alias « sous-commandant insurgé Marcos », est né au nord du Mexique. Il est issu de la classe moyenne et métisse de cette même région. Il est professeur de philosophie à l’université de Mexico (UAM) jusqu’à son arrivée dans le territoire du Chiapas en 1983 où il épouse définitivement la cause indigène. Baigné dans l’idéologie marxiste-léniniste, le porte-parole du mouvement zapatiste de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) a vu son idéologie évoluer au gré des contacts avec les Indiens et les prêtres du diocèse de San Cristobal. Inspirées par la théologie de la libération, les dix dernières années qui précèdent le soulèvement du 1er janvier 1994 voient l’identité du sous-commandant Maros se créer.

« Changer le monde sans prendre le pouvoir »

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Axiome formulé en 1994 lors du soulèvement par Marcos qui reste, de nos jours, la meilleure définition de l’idéologie zapatiste.

Même si l’action principale a pris la forme d’un soulèvement, son objectif premier n’était pas de renverser le pouvoir mais de construire « une alternative au modèle néolibéral qui nous tue ». La rébellion zapatiste se distingue des autres formes de guérilla latino-américaine des années 1960-1990 même si le pouvoir de l’époque a tenté de l’identifier ainsi. Le mouvement zapatiste se met au service des Indiens en vertu de la formule « commander en obéissant ». Les implications locales du sous-commandant Marcos, son discours à portée universelle, ses lignes d’actions, englobent tant la construction de l’autonomie, la reconnaissance des droits et coutumes de 57 peuples indigènes du Mexique mais aussi une expérience internationale de société contre le développement du néolibéralisme.

Depuis plus de 20 ans, le mouvement zapatiste propose donc une alternative altermondialiste de développement et de société. L’autonomie pratiquée de ce fait dans leurs territoires du Chiapas, reste le meilleur exemple de développement contre l’ingérence des autres nations et contre le libéralisme, un développement altermondialiste et régional.

Justice, santé, éducation et économie sont des questions gérées collectivement et sans aucune aide du gouvernement. De plus, l’influence zapatiste et du sous-commandant Marcos se retrouve dans le renouveau des mouvements indiens en Amérique latine et dans la naissance et la mise en place d’un courant mondial de développement contre la globalisation et pour l’altermondialisme.

« Nous sommes tous Marcos », le slogan zapatiste, signifie que derrière une montagne se trouvent toutes les minorités et injustices de la terre, mais que leurs voix seront entendues. Grâce à la plume et la verve de son porte-parole, le zapatisme restera comme l’un des soulèvements populaires les plus médiatisés de l’histoire contemporaine et comme le modèle de développement alternatif le plus caractéristique ; et sans doute, l’un des mouvements les plus proches de José Mari, de Simon Bolivar et de l’idée de l’unification de l’Amérique latine.

Baptiste TEYCHON