République tchèque : illustration d’une inertie écologique européenne

Le 20 juin dernier, la stratégie de la Commission européenne pour atteindre la neutralité carbone d’ici trente ans a été rejetée par quatre pays.

La neutralité carbone, c’est quand l’émission de gaz à effet de serre est égale aux quantités de gaz absorbées par les écosystèmes naturels gérés par l’homme.
Cette stratégie de long terme avait surtout pour but de réduire à zéro les émissions de gaz à effet de serre.

La Pologne, la République tchèque, la Hongrie et l’Estonie contre la neutralité carbone
Ces quatre pays se sont opposés à cet objectif, ne permettant pas d’atteindre l’unanimité requise.
« Le blocage par quatre États révèle la fracture grandissante au sein de l’Union sur l’enjeu climatique », a commenté Neil Makaroff, du Réseau action climat France. Comment expliquer cette césure ?
Si l’on applique la règle de la cohésion sociale de la neurobiologiste Sylvie Granon, les valeurs écologistes ne pourraient être défendues collectivement que si chaque pays se sent réellement faire partie de l’Union européenne. La Pologne, la République tchèque, la Hongrie et l’Estonie partagent sûrement un passé commun et des intérêts qui les rendent plus soudés entre eux que fidèles aux valeurs qu’essait d’instaurer la Commission. Cela n’explique néanmoins pas leur désintérêt pour l’écologie.

Le cas tchèque, révélateur d’une inaction gouvernementale
Pourquoi cet État a-t-il voté en défaveur de la stratégie ?
Il est certain que les enjeux économiques ont joué un rôle essentiel. Le premier ministre Andrej Babis isole la République tchèque à cause des énormes coûts que pourraient entraîner une transition écologique. Le média centre-gauche Aktuálně.cz a répliqué avec le fait que le réchauffement climatique cause déjà des dommages économiques : l’extrême sécheresse de l’année dernière aurait causée des dommages agricoles à hauteur d’environ 467 millions d’euros.
Le média accuse le gouvernement de mettre en péril l’avenir de la planète pour des intérêts économiques nationaux. Mais aussi, ironiquement, de condamner l’avenir de l’économie tchèque qui ne saisirait pas les opportunités de renouvellement.

Au delà des intérêts économiques, une inaction gouvernementale influence inévitablement sa population. Par exemple, pourquoi un habitant se soucierait-il de la production de gaz à effet de serre générée par sa voiture, alors que son gouvernement ne prône pas la neutralité carbone ? Selon la formatrice environnementale Séverine Millet, la charge de la crise écologique doit échoir au gouvernement. Mais si le politique ainsi que les entreprises ne la prennent pas en compte, la responsabilité écologique repose sur les individus qui, hyperresponsabilisés, préfèrent nier.

Les médias tchèques, plaignants de l’environnement
Différents médias tchèques essayent d’ouvrir les yeux de la population. Aktuálně.cz met en avant le barrage de Pařížov, devenu une attraction touristique complètement désertique à cause de la sécheresse de l’année passée.

Le média Respekt a consacré une interview à Hans Joachim Schellnhuber, chercheur spécialiste du climat dans le monde à l’Institut de recherche sur le changement climatique de Potsdam. Ce dernier constate que seulement 100 universitaires tchèques ont signé une pétition en soutien des étudiants grévistes pour le climat, contre 23 000 en Allemagne.
Le chercheur n’hésite pas à secouer les lecteurs tchèques en prouvant que ce pays serait tout à fait disposé à produire une énergie plus propre, malgré la croyance populaire qu’il n’y aurait ni soleil ni vent suffisants…
Cela prouve que même si certains changements climatiques sont constatés, un certain temps d’adaptation est requis pour cesser de les nier.
Le chercheur affirme également que la République tchèque serait assez riche pour investir dans l’énergie verte, prouvant qu’il ne s’agit selon lui qu’une question de volonté.

Mais ne pointer du doigt que la République tchèque n’aurait rien de constructif. S’il semble intéressant de comprendre l’inaction tchèque, il est important de souligner que les pays européens qui étaient en faveur de la stratégie de la Commission Européenne ne sont pas forcément des exemples à admirer.
Mais cet État illustre parfaitement les causes d’une inaction globalement européenne. Toutes les théories d’explications qui valent pour la République tchèque, valent ailleurs.

https://www.respekt.cz/tydenik/2019/16/klima-vstupujeme-do-temneho-veku

https://magazin.aktualne.cz/foto/ceske-sucho-v-obrazech-vyschla-prehrada-a-slunecnice-
spalene/r~112e64da98d111e890620cc47ab5f122/

https://nazory.aktualne.cz/komentare/ceska-vlada-nechava-obcany-napospas-klimaticke-
krizi/r~89ed6170942311e9b9980cc47ab5f122/

https://reporterre.net/Pourquoi-le-drame-ecologique-mobilise-t-il-si-peu

Jeanne Lepère