Une saison 3 réussie pour Designated Survivor

Récupérée par Netflix après l’annonce de son arrêt par ABC, la saison 3 de Designated Survivor est arrivée sur la plateforme de streaming au début du mois de juin. Après une deuxième saison très fade, Netflix semble avoir redonné du souffle à la série menée par Kiefer Sutherland. 

On pensait s’arrêter à la fin de la saison 2 de manière amère et puis, Netflix est arrivé et, après avoir mis en ligne sur sa plateforme les deux premières saisons gérées par ABC, a décidé de sauver la série pour une troisième saison. Bien en a pris au géant américain puisque la saison 3 est une belle surprise qui semble enfin porter Designated Survivor vers le sommet de son potentiel. Lancée en 2016, la série partait d’un synopsis original où le secrétaire au Logement et au Développement urbain, Tom Kirkman, était propulsé à la tête de la première puissance mondiale après qu’un attentat à la bombe a détruit le Capitole pendant le discours sur l’état de l’Union du Président, emportant ce dernier et toute son administration sauf un membre, le “survivant désigné”, un processus qui existe réellement. Après une saison 1 intéressante, la saison 2 avait été décevante, présentant un monde politique américain aseptisé. Naïve dans sa façon de traiter les différents dossiers du président Kirkman et de son équipe, elle s’étirait sur une vingtaine d’épisodes redondants, empruntant tous la même logique : un problème et sa résolution. Au final, on sortait lessivé d’une telle entreprise qui ne voulait surtout pas égratigner son personnage principal, le rendant sympathique mais rendant son scénario bâclé et simplet.  

Netflix est venu dépoussiérer ce manque d’imagination, réduisant le concept à dix épisodes, dans la logique classique du distributeur. Cela permet finalement de réduire la quantité pour mieux se concentrer sur la qualité, n’étalant pas la saison 3 de manière interminable, ce qui avait joué sur les audiences mauvaises de la saison précédente. Au-delà de la forme, le fond a gagné considérablement en qualité, présentant un président Kirkman, se voulant indépendant, en campagne pour l’élection présidentielle. Fini le monde des bisounours de la saison 2, Netflix le plonge dans celui cruel de la politique et c’est réussi. Enfin, peut-on dire, Designated Survivor évolue et mûrit pour devenir sérieux et peindre la sphère politique washingtonienne de manière plus subtile. La campagne américaine est le moyen pour les scénaristes de développer magouilles et autres coups électoraux qui font entrer Kirkman dans un univers qu’il ne connaît pas et qui le change. Malgré toute sa bonne volonté, il doit parfois se résigner à engager des manoeuvres politiques calculées afin de viser la victoire, ce qui serait une première pour un candidat indépendant. 

Dans l’optique de faire grandir la série et de l’ancrer un peu plus dans un paysage politique cynique, la présence de Julie White, alias Lorraine Zimmer, la directrice de campagne de Kirkman, est salvatrice et ajoute un peu plus de piment à une série auparavant très lisse. Si l’on retrouve les personnages habituels des deux premières saisons, le travail qui est fait pour les approfondir permet au spectateur de s’attacher encore plus à eux. Les ajouts d’un nouveau chef de cabinet de la Maison Blanche, Anthony Edwards alias Mars Harper, et de Benjamin Watson, alias Dontae Evans, sont également des plus-values. Ce dernier a d’ailleurs un rôle primordial dans une saison 3 s’inscrivant pleinement dans les enjeux contemporains. Ainsi, le scandale des addictions aux anti-douleurs dont profitent les lobbys pharmaceutiques américains, le bioterrorisme ou encore les NTIC sont très bien représentés. Les NTIC sont tout au long de cette saison au coeur du récit. Les fake news sont légions, les stratégies pour toucher de nouveaux électeurs passent forcément par les réseaux sociaux. La façon dont Designated Survivor parvient à capter ces évolutions majeures pour les campagnes présidentielles est une réussite. Le titre de chaque épisode est d’ailleurs un hashtag, les scénaristes ont bien compris les chemins qu’ils pouvaient ouvrir à travers la saison 3. 

Néanmoins, cette dernière n’est pas parfaite car elle ne se débarrasse pas totalement de la bonhomie que la saison 2 usait abondamment. Le choix de gérer deux fenêtres en même temps, le bioterrorisme avec l’infatigable agent Welles désormais sous l’égide de la CIA et la campagne électorale avec les autres personnages, est assez téléphoné, trouvant ainsi une issue décevante et bâclée, trop rapide pour ce que cette double histoire représentait dans la première moitié de la saison. Prometteuse saison 3 donc, qui affiche enfin le véritable potentiel de Designated Survivor, ne demandant qu’à être prolongé pour une saison 4. 

Nicolas Mudry