Lili Boulanger : la vie d’une compositrice oubliée

La fin du 19ème et le début du 20ème siècle furent un âge d’or pour la musique classique française. Des compositeurs tels que Georges Bizet, Gabriel Fauré et Claude Debussy revitalisèrent la composition française, et en même temps, ils influencèrent les compositeurs du monde entier. Plus tard, Olivier Messiaen et Albert Roussel continuèrent à développer l’œuvre musicale française. Cependant, il y a un nom qui est trop souvent oublié : celui de Lili Boulanger. 2018 était le centenaire de sa mort, dont le résultat fut une augmentation de spectacles partout en Europe qui présentaient ses morceaux. Malgré cela, elle reste relativement peu connue. 


Lili, la merveille 

Lili est née en 1893 et dès son plus jeune âge, il était clair qu’elle était un prodige ; elle avait l’oreille absolue et ses parents voulaient l’encourager à étudier la musique. Elle avait une sœur aînée qui s’appelait Nadia (qui devint aussi compositrice), et Lili la suivit en commençant des leçons de musique dans l’enfance. Lili grandit dans un milieu rempli de musique – son père était musicien, et il était bien connecté au monde musical parisien. En effet, pendant son enfance, Lili chantait les chansons par cœur, tandis que le compositeur célèbre Gabriel Fauré l’accompagnait au piano. Grâce à cette éducation, elle eut l’opportunité d’étudier au Conservatoire de Paris, l’un des conservatoires les plus prestigieux dans le monde, et les enseignants étaient des musiciens et des compositeurs célèbres, dont chacun louait sa musicalité. 

Une victoire qui change tout 

En 1912, à l’âge tendre de 19 ans, et après trois ans d’étude de la composition, Lili décida de s’inscrire au concours du Prix de Rome – que son père avait gagné en 1835. Le Prix fut établi en 1663, originalement ouvert seulement aux artistes, puis aux musiciens en 1803. Le concours demandait aux compétiteurs de composer une cantate, et c’était un concours important, ayant déjà changé les carrières d’Hector Berlioz et Georges Bizet, parmi d’autres. Malheureusement, la période de composition était ardue pour elle, et elle dut se retirer du concours à cause de problèmes de santé. 

L’année suivante, elle réessaya. Elle était la plus jeune parmi les compétiteurs, et elle savait qu’il n’y avait jamais eu de femme gagnante du concours. Sa sœur Nadia avait essayé quatre fois, et en 1908, elle reçut la majorité des votes, mais les juges refusèrent ce résultat ; elle arriva à gagner le deuxième prix. Cette fois, Lili connut plus de succès ; elle gagna le Prix avec sa cantate « Faust et Helene ». De plus, elle eut une victoire écrasante, pour laquelle les juges avaient voté nombreux. Bien que rien n’ait empêché les femmes de s’inscrire, voire de gagner le concours, Lili en était la première ; cela fut particulièrement important après l’échec répété de sa sœur. Sa réussite ouvrit finalement les portes aux compositrices ; il n’était plus irréaliste d’aspirer à gagner ce Prix.  


Sa grande œuvre 

Sa victoire du Prix de Rome lança la carrière de la jeune femme. D’une position pragmatique, il lui permit d’établir un lien avec une maison d’édition, pour que ses compositions aient un moyen d’être distribuées. Elle écrivit des compositions rapidement, parce qu’elle devint de plus en plus malade ; elle laisse donc une œuvre grande. 

Elle était catholique, ce qu’on voit dans la prévalence de compositions sacrées. Ses trois Psaumes sont parmi ses compositions les plus célèbres, pour leur majesté et leur maturité. Ils utilisent tous une grande instrumentation typique de l’époque. La plupart de ses compositions étaient pour les voix, mais elle composait aussi les morceaux pour le piano ou le violon ; en effet, sa composition instrumentale « D’un Matin de Printemps » fut la dernière qu’elle écrivit sans l’aide d’un scribe, telle était sa maladie. Malgré sa vitesse en composition, elle ne réussit pas à finir tout ce qu’elle commença : son opéra « La princesse Maleine », son projet principal avant sa mort en 1918, fut inachevé, et l’existence de son morceau clairsemé et sensible « Pie Jesu » suggéra la volonté de composer un Requiem complet. Ce morceau fut le dernier de sa vie, dicté à sa sœur peu avant sa mort, après avoir perdu l’usage de ses bras. Cela montre sa détermination de continuer à composer jusqu’à la fin.  

Sa mort et son héritage 

Lili n’avait que vingt-quatre ans à sa mort en 1918. Toute sa vie, la maladie la rongeait. Elle adorait voyager, et une partie de sa victoire du Prix de Rome était un séjour de cinq ans à Rome pour faire des compositions, mais elle dut retourner tôt en France, à cause de sa santé. Elle mourut de « tuberculose intestinale » (aujourd’hui connue sous le nom de la maladie de Crohn). 

Pour le reste de sa vie, sa sœur Nadia – qui devint musicienne, compositrice et prof de musique – promut la musique de Lili, en programmant souvent ses morceaux dans les concerts. Elle joua un grand rôle dans l’entretien de l’héritage de sa sœur cadette, qui fut repris après sa mort en 1979.   

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L’année du centenaire de la mort de Lili Boulanger a mené à une redécouverte de son œuvre. Les Proms, un grand festival de musique classique qui a lieu chaque année à Londres, a fêté son génie en 2018 ; ses compositions ont été programmées trois fois, ce qui les a ouvertes à un public engagé dans la musique. Les concerts qui contenaient sa musique eurent lieu à Paris et partout en France, et le Centre International Nadia et Lili Boulanger continue à promouvoir ses compositions, ainsi que celles de sa sœur aînée, en organisant des concours et en finançant des bourses à leur nom. Le travail de rendre Lili plus connue et plus appréciée continue sans cesse. 

Malgré cela, le nom de Lili Boulanger est loin d’être aussi connu que ceux de ses contemporains, Fauré et Debussy. Dans les cercles musicaux, sa nature prodigieuse est reconnue, mais trop souvent, la musique des compositrices est considérée comme trop spécialiste pour un public général. Maintenant, cent ans après sa mort, il est grand temps qu’on fasse passer le mot sur la musique de Lili Boulanger.  

Jenny Frost

Bibliographie

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lili_Boulanger

https://www.allmusic.com/artist/lili-boulanger-mn0001627125/biography

https://www.ladepeche.fr/article/2018/10/26/2895563-bouleversante-lili-boulanger.html

https://www.cnlb.fr/enb/centre/acc_centre.htmlhttp://www.bbc.com/culture/story/20170308-the-greatest-music-teacher-who-ever-lived