Ces femmes afro-américaines qui ont marqué l’histoire de la conquête spatiale

« Everything was so new – the whole idea of going into space was new and daring. There were no textbooks, so we had to write them » (Tout était si nouveau – l’idée même d’aller dans l’espace était innovante et audacieuse. Il n’y avait pas de manuel, tout restait encore à écrire) – Katherine Johnson, mathématicienne retraitée de la NASA.

Si dans l’actualité récente l’anniversaire du premier pas de l’Homme sur la Lune est apparu à de multiples reprises, c’est sans oublier les efforts fournis par toutes celles appelées « travailleuses de l’ombre », qui ont participé à l’envoi de la navette Apollo 11 dans l’espace. 

Katherine Johnson, Mary Jackson et Dorothy Vaughan sont des noms qui résonnent aujourd’hui, notamment depuis la sortie du livre en 2016 « Hidden figures » (les figures de l’ombre) de Margot Lee Shetterly, qui fut d’ailleurs adapté en film par le réalisateur Theodore Melfi la même année. 

Leurs parcours impressionnent et inspirent notamment puisque ces femmes afro-américaines ont laissé leurs empreintes au sein de la NASA aux grands moments de la conquête spatiale, et ce, dans un contexte de politique de ségrégation raciale. Elles ont su faire preuve de persévérance, d’intelligence et de rigueur dans leurs recherches afin de réaliser un travail éblouissant et minutieux qui serait aujourd’hui effectué à l’aide de diverses machines.

Les trois mathématiciennes ont dès leur plus jeune âge fait preuve de capacités impressionnantes dans le milieu scolaire. Dorothy Vaughan obtint son diplôme du lycée à l’âge de 15 ans et bénéficia d’une bourse d’études pour poursuivre vers une licence de mathématiques, Mary Jackson excellait elle-aussi à l’école et obtint une licence de mathématiques et sciences physiques, tandis que Katherine Johnson décrocha son baccalauréat à 14 ans, obtint son diplôme de mathématicienne dès 18 ans, et fit preuve d’une assiduité et de capacités si impressionnantes que son professeur de mathématiques lui créa un programme d’études avancé.

Seulement, les possibilités d’emploi après avoir obtenu un diplôme en mathématiques restaient assez limitées pour les jeunes femmes noires, elles ne pouvaient quasiment que prétendre à un emploi d’enseignante dans une école ou une université pour personnes de couleur.

Des possibilités d’emploi s’offrirent finalement sur le site de Langley au sein d’une unité appelée « Calcul Ouest » (West Area Computers). Ce groupe était réservé aux mathématiciennes de couleur et était rattaché à la NACA (le Comité consultatif national pour l’aéronautique). Les membres du Calcul Ouest étaient surnommés les « ordinateurs » en ce qu’elles effectuaient des calculs complexes afin d’obtenir des données précises, ce qui nécessitait des compétences pointues en mathématiques, ce travail est d’ailleurs aujourd’hui réalisé à l’aide de machines électroniques. 

Dorothy Vaughan fut nommée à la tête de l’unité du Calcul Ouest et acquit en 1949 le titre de superviseur de l’unité. En 1958, la NACA se lança dans la course de la découverte aérospatiale et fut rebaptisée NASA (Administration nationale de l’aéronautique et de l’espace). Dorothy fut dès lors affiliée au domaine du calcul électronique. Elle supervisait la nouvelle unité appelée « Division d’analyse et de calcul » réunissant des calculatrices noires et blanches au sein de la même équipe pour travailler à l’aide de calculateurs électroniques et permettre ainsi la transition vers les premiers outils informatiques. 

Mary Jackson, quant à elle, travaillait dans le bâtiment réservé aux recherches concernant la soufflerie supersonique auprès de l’ingénieur Kazimierz Czarnecki. Elle obtint un diplôme d’ingénierie en mathématiques et sciences physiques après avoir suivi des cours du soir à l’université de Virginie ce qui fit d’elle la première femme afro-américaine de la NASA à obtenir le titre d’ingénieur. 

De son côté, Katherine Johnson fut affectée au sein de la division de recherche concernant les vols spatiaux, elle calcula la trajectoire des appareils de la mission Mercury-Redstone 3 de 1961 et de la mission Mercury-Atlas 6 de 1962. Elle effectua, pour la mission Apollo 11, des calculs cruciaux de trajectoires de rendez-vous entre le module lunaire et le module de commande lorsque l’appareil spatial de Neil Armstrong se posa sur la Lune pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le 20 juillet 1969. Elle était l’unique femme noire de son unité.

Si ces femmes ont dû se battre pour s’imposer dans un milieu jusqu’alors majoritairement composé d’hommes, elles ont également dû faire preuve de ténacité pour lutter contre les différences de traitement dont elles faisaient l’objet en raison de leur couleur de peau. Katherine Johnson obtint en 1939 une autorisation spéciale du Gouverneur de l’Etat de Virginie pour suivre les cours d’été de l’université de Virginie occidentale réservée aux personnes blanches. Mary Jackson, de son côté, obtint l’autorisation de suivre les cours du soir de l’université de Virginie occidentale et devint en 1958 la première femme noire ingénieur au sein de la NASA grâce à cette formation.

Mary Jackson resta par ailleurs particulièrement impliquée dans la lutte contre les inégalités raciales, elle quitta son poste d’ingénieur pour travailler dans le bureau de promotion des minorités et pour l’égalité des chances de la NASA.

Ces trois mathématiciennes, ainsi que les autres calculatrices afro-américaines qui travaillaient au sein de la NASA dans les années 1960, ont su faire preuve de courage et d’audace pour s’imposer dans un univers majoritairement composé d’hommes où les préjugés sur les femmes et sur les personnes de couleur n’étaient pas si évidents à occulter.

Ces quelques lignes ne peuvent pas suffire à décrire l’ampleur du travail effectué par ces femmes aux grands moments de la découverte de l’espace, il faut retenir qu’elles ont su briser les codes de l’époque pour produire un travail scientifique d’une qualité rare qui fait encore écho aujourd’hui. 

Clara Mathis