Mobilisations pour le climat : le réveil d’une conscience écologique à l’échelle mondiale

À l’heure où le G.I.E.C. (groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) tire la sonnette d’alarme sur la situation climatique planétaire et réclame une action efficace de la part des gouvernements, des milliers de citoyens se mobilisent dans les rues pour manifester leur mécontentement contre l’inaction des pouvoirs publics et pour exprimer leur volonté de changement immédiat.

Depuis le 20 septembre, des millions de personnes se sont rassemblées dans les rues de centaines de pays à travers le monde pour exprimer leur soutien à la lutte contre la détérioration du climat. « Aller dans la rue constitue un véritable moyen d’action, c’est un acte citoyen comme voter » déclare Clément, présent lors de la marche pour le climat à Lille ce samedi 21 septembre. Pour lui, la mobilisation par le nombre est également un moyen de faire augmenter la légitimité du mouvement face aux pouvoirs publics. 

Ces mobilisations sont le résultat d’un long processus de prise de conscience écologique à l’échelle planétaire qui commença dès le XIXe siècle. Les premières études relatives à l’écologie datent majoritairement de cette période, il s’agissait principalement d’études de terrain qui révélaient l’impact de l’action humaine sur les milieux naturels. 

Pour l’historien Donald Worster, l’entrée dans « l’âge écologique » s’est faite notamment par la constatation des dégâts provoqués par l’explosion de la première bombe atomique, qui eut lieu au Nouveau Mexique à la suite du projet Manhattan de 1942, et du constat de la dévastation des villes d’Hiroshima et Nagasaki après les bombardements atomiques du 6 et 9 août 1945. Ces premiers événements et les études scientifiques qui y ont été menées ensuite sur le terrain ont révélé la dangerosité et l’ampleur de l’impact que les produits issus de la fission nucléaire pouvaient produire sur un écosystème et sur la population humaine. 

Lors de la Guerre du Vietnam de 1954 à 1975, les destructions écologiques causées par l’utilisation de produits chimiques extrêmement nocifs affectant les sols de manière durable, et la catastrophe nucléaire de Tchernobyl du 26 avril 1986, ont également participé, au regard de l’ampleur des dégâts, à l’émergence d’une pensée « écologique » et « éco-responsable ». 

Cette prise de conscience a mené au premier Sommet de la Terre à Stockholm en 1972, qui visait l’adoption de politiques mondiales en matière de développement durable. Lors de la troisième édition du Sommet de la Terre à Rio en 1992, les Etats ont reconnu l’impact de l’action humaine sur l’environnement et ont posé la thématique de protection du climat et de la biodiversité au centre des discussions. En 1997, lors de la Conférence de Kyoto, les Etats ont pour la première fois posé l’objectif de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre afin de lutter efficacement contre le réchauffement climatique. 

À l’échelle nationale, une étude récente démontre que 45 % des Français pensent agir comme ils peuvent pour protéger l’environnement, néanmoins une bonne partie ne se sent pas assez impliquée et a le sentiment que peu importe l’importance et la qualité des efforts qu’ils entreprendront, cela n’aura pas pour effet de réduire de manière significative la destruction climatique mondiale. 

Ces dernières années ont marqué un tournant décisif dans la prise de conscience de la nécessité de protéger le climat, depuis notamment la remise du Prix Nobel de la Paix au G.I.E.C en 2007, la conférence de Paris de 2015, et les interventions de nombreux militants écologiques de plus en plus médiatisées. La proportion de citoyens français qui trouvaient que les menaces liées à la situation environnementale étaient surfaites et exagérées a largement diminué entre 2005 et 2016.

Source : graphique issu de l’étude du Commissariat général au développement durable, avril 2018, Ministère de la transition écologique et solidaire

Voici les réponses données à l’enquête de l’ADEME (agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) sur les représentations sociales du changement climatique de 2001-2017, lorsque qu’il a été demandé aux individus ce qui était à l’origine, selon eux, des désordres climatiques tels que les inondations et tempêtes en France de ces dernières années :

Cette étude démontre donc une prise de conscience significative de la population sur les enjeux relatifs au climat et à ses impacts sur notre vie quotidienne.

La France a mis en place, après l’Ontario, la Colombie-Britannique, les Pays-Bas et la Belgique, une Convention citoyenne pour le climat, qui a débuté dès le vendredi 4 octobre 2019, qui vise à discuter de manière directe avec la population pour tenter de trouver comment réduire de plus de 40% l’émission de gaz à effet de serre en France avant 2030. Ce travail se déroulera sur 6 semaines, chaque week-end, et réunira 150 citoyens tirés au sort. Cette convention n’est pas inédite puisqu’elle fait écho aux conseils citoyens qui prenaient déjà place à l’échelle des villes et des quartiers, pour améliorer les pratiques et politiques locales en matière climatique.

Un bon nombre de pratiques éco-citoyennes et éco-responsables prennent ainsi place dans les villes, sous l’initiative des communes ou des habitants, preuves que ces derniers consacrent une grande importance aux questions relatives à la préservation de l’environnement et à l’écologie. Cette prise de conscience individuelle passe également par l’émergence de nouveaux modes de vies, plus éthiques qui visent à agir pour réduire la production de déchets, à prêter plus attention à la consommation d’électricité, de gaz et d’eau, à limiter les trajets en voiture, mais également la consommation de viande ou de produits issus de modes de production non-durables.

Cependant, si la prise de conscience est une chose et que beaucoup de personnes se déclarent soucieuses d’agir pour protéger l’environnement, en réalité le nombre d’actions entreprises ne s’avèrent pas suffisantes pour lutter de manière durable pour la préservation de l’environnement. 

De plus, à la suite de la COP 21 et des accords de Paris sur le climat de 2015, la population s’est sentie désavouée et lassée des promesses floues qui ne mènent à aucune action concrète et suffisante pour réduire de manière significative la pollution climatique. 

Dans ses mots du 23 septembre 2019 pour le Sommet des Nations Unies pour le climat, la militante écologique Greta Thunberg n’a pas hésité à pointer du doigt la responsabilité des Etats avec un discours plus qu’alarmant dans lequel elle exprimait sa rage et sa révolte face à l’inaction des pouvoirs publics face à la destruction du climat. Son discours percute, indigne et inspire à l’action. 

Comme elle l’a exprimée face aux dirigeants des Etats du monde : « Le monde se réveille, et le changement arrive, que cela vous plaise ou non ». La prise de conscience climatique des individus est en marche.

Clara Mathis

Bibliographie

Patrick Matagne, Aux origines de l’écologie, Innovations, 2003

Site géo.fr, article « Le sommet de la Terre, qu’est-ce que c’est? »

Etude Commissariat général au développement durable, avril 2018, Ministère de la transition écologique et solidaire 

L’Obs, « Vous avez volé mes rêves, lance Greta Thunberg aux dirigeants du Monde », article du 23 septembre 2019

20 minutes, « Convention citoyenne pour le climat : Des citoyens tirés au sort pour sortir de l’impasse, un pari déjà tenté ailleurs », article du 4/10/2019