Transports gratuits au Luxembourg, une première mondiale

La nouvelle est peut-être passée inaperçue pour une partie d’entre nous, mais en mars 2020, le Luxembourg deviendra le premier pays européen à établir la gratuité des transports publics à l’échelle du pays.

Alors qu’en France le débat fait rage pour ou contre la gratuité des transports publics dans les métropoles, le Duché du Luxembourg a fait le choix politique de rendre effective la gratuité sur l’ensemble de son territoire.

Cette décision promesse de campagne est approuvée par toute la classe politique. Après avoir pris du recul sur l’annonce et analysé la décision, essayons de la comprendre et de la décortiquer.

Les origines de la mesure

Le choix d’appliquer la gratuité à l’ensemble des transports luxembourgeois est une promesse de campagne, proposait par l’actuelle coalition gouvernementale composée des socialistes, démocrates et écologistes.

A travers le monde, plusieurs villes ou territoires ont fait le choix de la gratuité, mais jamais ce choix ne fut projeté à l’échelle d’un pays entier.

Vu par bon nombre comme une mesure écologique, le gouvernement luxembourgeois se défend d’en faire tout d’abord une mesure sociale, et écologique dans un second temps.

Cette mesure censée voir le jour en mars 2020 suit un calendrier précis comprenant également divers plans d’investissements. Dans un premier temps, la gratuité sera appliquée, et par la suite le renouvellement d’une partie du réseau pour intégrer un bon nombre de nouveaux véhicules plus propres, entre autres des véhicules électriques.

En parallèle, les infrastructures vont être revues, avec une suppression des guichets, et une requalification des employés dont les missions ont vocation à évoluer.

De nos jours, seuls 17% des déplacements se font en transport en commun au Luxembourg ; objectif de la mesure : les augmenter considérablement. 

Comme l’indique également le gouvernement, « si les finances vont bien alors il est nécessaire que les citoyens puissent en profiter ».

Rendre les transports gratuits mais pour quelles raisons ?

Rendre les transports publics gratuits est avant tout une mesure sociale comme l’indique François Bausch, ministre de la mobilité et des travaux publics, celle-ci permettra de voir de manière différente la mobilité.

Derrière cette mesure se cache un raisonnement économique, puisque l’Etat prend en charge le coût des transports donc les citoyens investiront ailleurs dans l’économie.

Pour finir, rendre les transports gratuits permet d’améliorer la qualité de vie des Luxembourgeois, le projet ambitionne de faire baisser la part des déplacements en véhicule. Le projet de gratuité doit désengorger les axes de circulation et de facto réduire les émissions de Co2 rejetées par les véhicules routiers. Chaque jour, ce n’est pas moins de 20 000 frontaliers qui viennent travailler dans le pays ; si demain ce nombre est réduit grâce à la gratuité des transports, alors tout le monde sera gagnant.

La réduction du trafic routier est censée accroître la mobilité des citoyens et par conséquent, désengorger les axes de circulation, baissant ainsi les émissions de Co2 du pays.

La mise en place de la gratuité ne se fera pas de manière dégradée. Pour autant, celle-ci suscite quelques inquiétudes dans les régions frontalières du pays, mais également au sein même du Luxembourg. 

Les opposants à la gratuité

Bien que la mise en place de la gratuité soit plébiscitée par une majeure partie des citoyens, elle fait aussi des inquiets avec les salariés des transports mais aussi chez quelques usagers.

Tout d’abord, la question du coût financier de la mesure est mise en cause. D’ici à 2023 les dépenses engagées par l’Etat Luxembourgeois vont être conséquentes. Tout d’abord, la gratuité coûtera aux alentours de 41 millions d’euros par an à l’Etat. En parallèle, 2 milliards d’euros vont être dédiés au secteur ferroviaire. 

Pour une infime partie des citoyens, la critique vient également du coût. Avec la gratuité, l’usager ne paie plus mais c’est désormais le contribuable qui paye et ce même s’il n’utilise pas les transports publics. La mesure peut donc être perçue comme injuste.

Mais au-delà des usagers, c’est le personnel des transports qui s’inquiète pour leur avenir. Même si aucun licenciement n’est à prévoir, la question des futures missions provoque des inquiétudes. 

Pour le cas des CFL (l’équivalent de notre SNCF), ce sont 16 agents qui seraient touchés. Autrefois concernés par la vente de billets, ils s’interrogent désormais sur leurs nouvelles missions.

Enfin, parmi les oppositions relevées, la qualité du réseau est discutée. Tout d’abord, pour le cas des CFL, la gratuité met fin aux guichets de vente, cette fin des guichets entraîne des inquiétudes notamment celle de gares fantômes sans personnel. La fin des points ventes provoque aussi la question des liaisons vers les autres pays, les voyageurs devront se rendre à Luxembourg ville, Belval-Université ou alors en ligne uniquement. Cependant, le contact humain est souvent plus appréciable que l’interface numérique.

Pour les transports urbains, les utilisateurs s’interrogent sur des actes de vandalisme, les transports gratuits déresponsabiliseraient les utilisateurs. Mais cela reste à prouver. 

Enfin, les usagers ne payant pas pour le service ne peuvent donc plus se plaindre du prestataire. 

La mesure est plébiscitée dans son ensemble, même si des inquiétudes persistent les pouvoirs publics s’efforcent de rassurer les utilisateurs.

Si, à l’échelle d’agglomération comme Dunkerque ou Niort, le système semble faire ses preuves pour le moment, la gratuité peut-elle fonctionner à l’échelle d’un pays ? Le Luxembourg n’est peuplé que de 600 000 habitants soit le triple de l’agglomération dunkerquoise.

Mais est-ce envisageable à l’échelle de grands pays comme l’Espagne, la France, l’Autriche ou encore l’Italie ?

Hugo Renart