Ces actrices engagées. Liz Taylor et le SIDA (1/5)

Le 2 octobre 1985, l’acteur Rock Hudson meurt du SIDA. Le décès de l’ami proche et partenaire à l’écran d’Elizabeth Taylor est un séisme dans la vie de l’actrice. Bien qu’engagée dans la lutte contre le SIDA avant cet événement, Liz Taylor s’investit dès lors davantage.

On ne présente plus la magnifique Liz Taylor aux yeux améthyste. Géant, Qui a peur de Virginia Woolf, Cléopâtre, Une Chatte sur un toit brûlant, les tumultueuses unions avec Richard Burton, autant de noms de films et de scandales people qui résonnent encore aujourd’hui dans l’histoire d’Hollywood. Et pourtant, la star, si extravagante soit-elle dans sa vie privée, a conscience que son image publique peut servir des causes. Le SIDA fait rage dans les années 80 et les pouvoirs publics n’instaurent rien pour prendre la maladie en charge. Pire encore, une omerta pèse sur le cinéma (et la société plus largement) : trois des grands figures masculines hollywoodiennes des années 60, Montgomery Clift, Cary Grant et Rock Hudson, se sont vu proposer des rôles de “gendres idéaux” dans leur carrière, lesquels n’ont permis en rien de sensibiliser l’opinion publique sur l’homosexualité et encore moins sur le SIDA. Les sociétés occidentales peinent à accepter l’homosexualité et ne sont certes pas enclines à en faire un sujet qui requiert de la visibilité.

Liz Taylor et Rock Hudson

 «Je regardais toutes les actualités sur cette nouvelle maladie et je me demandais pourquoi personne ne faisait rien. Ensuite, je me suis rendu compte que j’étais comme eux. Je ne faisais rien pour aider… » expliquait Elizabeth Taylor. En 1985, elle crée donc, avec Mathilde Krim et Michael Gottlieb, l’American Foundation for AIDS Research (AmfAR), la Fondation Américaine de recherche pour le SIDA. Liz Taylor parvient à mobiliser Hollywood et les médias. En 1986, elle participe à l’émission Men, Women, Sex and Aids.  Le sujet devient médiatisé et la collecte de fonds ne s’arrête plus. De même, les artistes homosexuels ne cachent plus leur orientation sexuelle à l’instar de Freddie Mercury, Elton John ou encore David Bowie.

Logo de l’amfAR

Liz Taylor est réellement la figure de proue du mouvement américain de lutte contre le SIDA. Elle s’implique personnellement, allant même jusqu’à vendre les photos de son huitième mariage afin que l’argent soit reversé à l’association. En 1993, elle utilise la notoriété du festival de Cannes et les acteurs qu’il fait déplacer pour élargir son action. Elle organise une projection spéciale dont les recettes d’entrée (300F le ticket) sont reversées à l’association, tout comme le dîner de gala qui le suit à 13.000F le repas auquel les stars de cinéma se précipitent. Le même soir, elle fait un discours qui reste célèbre dans l’histoire de la lutte contre le SIDA : «Je viens devant vous, non comme une actrice mais comme le porte-parole de ceux qui vivent le sida. Je suis l’avocat de l’enfant qui meurt dans un pays pauvre, la voix du toxicomane d’un quartier défavorisé au cœur de la ville, le témoin de la prostituée abandonnée sur un trottoir.» Liz Taylor crée ainsi la tradition du Gala de l’AmfAR qui a lieu tous les ans et dont la présidence est assurée par Sharon Stone depuis le décès de son instauratrice en 2011. 

Retour en 1985. A Paris a lieu le premier gala pour la lutte contre le SIDA. Sont présents Liz Taylor, Jacques Chirac, Line Renaud, Audrey Hepburn, Dalida, Simone Veil, etc. La rencontre entre Liz Taylor et Line Renaud est essentielle pour l’histoire de la lutte contre le SIDA en France. Peu à peu, encouragée par l’actrice américaine qui devient son amie et par d’autres personnalités, Line Renaud décide de devenir la porte-parole de cette cause en France et s’investit dès lors corps et âme. En 1994, elle crée le Sidaction avec Pierre Bergé. Aujourd’hui encore, le célèbre couturier et l’actrice sont à la présidence qu’ils se partagent. Dans toutes ses interviews, Line Renaud explique que le soutien de Liz Taylor a été indéfectible et inspirant pour elle.

Aujourd’hui, on estime que l’action de Liz Taylor aurait permis de récolter plus de 50 millions de dollars soit environ 35 millions d’euros.

Ludivine PASCUAL