Marche contre l’islamophobie : une réalité et des polémiques

Si beaucoup de choses ont été dites sur la marche contre l’islamophobie, nombreuses également sont les personnes qui ont défilé à Paris ce dimanche 10 novembre pour dire « stop à l’islamophobie » pointant dans une tribune publiée dix jours plus tôt, les « invectives et polémiques relayées par certains médias, participant ainsi à leur stigmatisation grandissante. »

Lors de la marche contre l’islamophobie à Paris, dimanche 10 novembre. Ap.DConnaissances.

Une assez forte mobilisation

C’était une date à retenir, les organisateurs l’avaient prévu. Ce sont près de 13500 personnes qui ont manifesté de Gare du Nord jusqu’à Place de la Nation à Paris selon un comptage réalisé par le cabinet Occurrence pour un collectif de médias. Du coté de Madjid Messaoudenne, co-signataire de la tribune parue dans Libération et Médiapart, c’est « entre 40 000 voire 50 000 personnes » qui se seraient déplacées. La foule, emmenée en partie par Taha Bouhafs du haut d’un camion, scandait des slogans tels que « Solidarité avec les femmes voilées » ou encore « Laïcité on t’aime, tu dois nous protéger ». Les noms du polémiste Eric Zemmour, de la présidente du Rassemblement National (RN) Marine Le Pen, celui de Zineb El Rhazoui ou bien de Jean-Michel Blanquer ont été vivement hués tout au long de la marche.

A noter, ces pancartes, au milieu de drapeaux français, qui appelaient au vivre ensemble ou au danger d’une stigmatisation des musulmans. « Halte à tous les racismes », « vivre ensemble, c’est urgent », « Français et Musulmans, fiers de nos deux cultures » pouvait-on lire en tête du cortège.

Selon une récente enquête réalisée par la Fondation Jean Jaurès pour l’IFOP, institut de sondage, 40% des personnes de confession musulmane, majoritairement des femmes, déclarent avoir déjà subi des comportements ou remarques racistes. Ce nombre grimpe jusqu’à 63% lorsqu’il s’agit de femmes portant le voile.

Des polémiques  avant et après

« C’est plus qu’une réussite, c’est inespéré » s’est félicité l’élu de Saint-Denis, M.Messaoudenne au micro d’ApD.Connaissances, « on savait que ça allait bien se passer » poursuit-il.  Mais si la manifestation s’est déroulée dans le calme et sans aucun accrochage, il n’en reste pas moins que cette marche a suscité une vague de réactions importantes dès la semaine dernière du fait d’une part des signataires de l’appel. Beaucoup ne sont pas d’accord sur les propos de la tribune qualifiant de « lois liberticides » celles concernant le voile à l’école et l’interdiction de dissimulation du visage dans l’espace public. La présence notamment du CCIF (Conseil Contre l’Islamophobie en France), soupçonnée d’être proche de l’organisation des Frères Musulmans, ou bien celle de l’imam Abou Anas Nader qui avait tenu des propos plus que controversés sur le viol conjugal ont fait débat. 

Le terme même d’islamophobie est remis en cause au sein de la classe politique, pour Aurore Bergé, porte-parole de LREM, cette notion est « utilisée à des fins politiques ». Le chef de file des « insoumis », Jean-Luc Mélenchon, a quant à lui estimé lors d’une conférence de presse peu avant la marche que « dans des moments comme cela, il ne faut pas confondre quelques personnes avec la valeur de la cause qui est servie ».

Par ailleurs, seulement quelques heures après la fin de la manifestation, c’est une photo d’une petite fille portant une étoile jaune à 5 branches sur laquelle est écrit « muslim » à côté d’un croissant jaune, qui a retenu l’attention des médias et des personnalités sur les réseaux sociaux faisant ainsi référence à la situation des juifs dans les années 30. L’enfant était aux côtés d’Esther Benbassa, sénatrice EELV de Paris et d’autres manifestants. La sénatrice s’est défendue en affirmant que « le seul but de certains semble être de salir une marche réussie, fraternelle, chaleureuse où chacun a publiquement appelé à une cohabitation heureuse entre musulmans, juifs, chrétiens, athés ».

Le 10 novembre 2019 à Paris. ApD.Connaissances

Un grand absent

Ce sont ces incessantes polémiques qui ont divisé une partie de la classe politique, dont le PS, qui n’était pas présent. Son premier secrétaire, Olivier Faure refuse d’associer son parti à un rassemblement « initié par le Collectif contre l’islamophobie en France et des individus qui ont des revendications qui ne sont pas les nôtres » ajoute-t-il.

D’autres comme Yannick Jadot (EELV) ou François Ruffin (LFI), pourtant signataires, ont pris leur distance avec le texte et avaient annoncé qu’ils ne viendraient pas marcher dimanche.

Plusieurs figures de la gauche étaient là, Eric Coquerel, Clémentine Autin, Danièle Obono ou encore Alexis Corbière venu lui en tant que « citoyen » pour La France Insoumise, tous autour de J-L Mélenchon. Ian Brossat du PCF, Esther Benbassa (EELV), Olivier Besancenot (NPA) et le (très) discret Benoit Hamon ont tous manifesté. On peut également souligner la participation de différents syndicats, dont la CGT de Philippe Martinez.

Pour Marine Le Pen, les participants de la marche ont été « main dans la main avec les islamistes » ciblant ici principalement l’extrême-gauche.

Une suite possible ?

Enfin, si cette marche du 10 novembre s’est avérée « un grand succès » pour ses organisateurs, de nombreuses questions restent en suspens. Ce mouvement souhaite-t-il s’installer dans la durée ? Proposera-t-il des solutions pour apaiser ce climat qu’il qualifie d’« insoutenable » envers les musulmans ?

Les responsables politiques, majoritairement tous pas très à l’aise avec la communication qui a été faite de la part des organisateurs tiendront-il les mêmes positions ?

Une chose est sûre : cette question de l’islam continuera à exister dans le débat politique.

Nehla El Majdi