Plumavitae : une plateforme littéraire pour aider à la démocratisation de l’édition ?

A l’heure du numérique, le marché du livre ainsi que sa consommation évoluent. Internet a apporté ce que l’on nomme la démocratisation de la littérature, et avec elle, celle de l’édition. De l’apparition des livres numériques aux maisons d’éditions alternatives, en passant par la création du contrat auteur, ces différentes démarches permettent d’assouvir cette soif, ce souhait de voir son livre édité, et pourquoi pas trôner sur les vieilles planches de nos bibliothèques.  Mais de quoi parle-t-on lorsque nous évoquons la démocratisation de l’édition ? S’agit-il d’ouvrir complétement le marché de l’édition en bannissant par le biais des nouveaux acteurs du numérique, la fameuse et magnifique souscription d’ouvrage ? Non, il n’est pas question de cela bien sûr, cependant faire sauter le verrou de l’entre-soi des maisons d’éditions classiques, en proposant des alternatives crédibles ainsi qu’un accompagnement digne de ces maîtres artisans ? Oui. 

Nous allons donc aborder le débat avec Kevin Bilingi, fondateur de Plumavitae, une plateforme collaborative pour les auteurs. Dans cette jungle de l’édition numérique, il souhaite poser les bases d’un futur artisanat de l’édition numérique.

Salut, rassure-toi, si je t’écris, ce n’est pas pour te faire la morale. En fait, il serait plus simple de s’asseoir tous les deux autour d’un verre, ou plusieurs verres même soyons fous, et de conter ensemble nos histoires ainsi que ces visages sans noms qui hantent nos journées. Mais cela est impossible, nous le savons toi et moi, alors j’ai décidé de t’écrire directement et frontalement. Écrire, c’est encore la chose que je sais le mieux faire dans ce monde, même sûrement l’une des rares choses que je maîtrise et dans laquelle je trouve du plaisir. Là où je trouve le vrai plaisir, celui qui est pur, sans artifice et sans attente. Ça tombe bien, ce que je voulais te dire concerne l’écriture. Enfin, ça concerne l’art en général, mais je veux parler de ce domaine noble qu’est l’écriture. Je veux parler de cette plume qu’on laisse et que l’on blesse. Cette plume qui est ici et nulle part ailleurs, cette même plume qui nous sépare des autres animaux. L’écriture de nos jours, c’est se risquer à la honte et non plus se risquer à l’inconnu. Car malheureusement, notre plume semble s’être fanée de nos jours ou du moins, elle se cache. Je te l’ai dit, rassure-toi, je ne vais pas te faire la leçon, je veux juste parler avec toi de ces mots qui réchauffent les cœurs cachés. Nous sommes dans une société où pour la première fois l’art se démocratise par le numérique donnant ainsi une chance à tout le monde de se réaliser. Mais en même temps, cette démocratisation de l’écriture débouche sur des problématiques nouvelles où les garde fous semblent dépassés. Les mammouths de l’édition, maître artisan de cet art, sauront-ils s’adapter et accompagner l’ère du temps, pour éviter une ouverture vers le bas comme il est souvent le cas lorsque nous parlons de démocratisation de l’art. Pour ma part, je suis du genre septique et frileux sur l’édition numérique ou de livre numérique. Pour cause, la lecture de plusieurs « contrats d’auteurs » qui circulent dans beaucoup de maisons d’éditions du numérique, qui stipulent une participation pécuniaire de l’auteur. Vient se rajouter à cela, le côté romantique du livre, son touché, sa forme et son odeur. Cependant, on ne peut nier l’importance que prend le numérique dans le marché de l’édition et cette ouverture qu’internet a apporté. Toi ta vision sur l’état actuel de cette démocratisation ça te dit quoi ?

 – « Salut, Baptiste ! Tout d’abord merci encore pour cette opportunité. Comme j’aime bien le dire, Plumavitae n’est qu’un gros bébé de deux ans et la base d’un projet beaucoup plus grand ! Peut-être pourrais-je t’en parler un jour. Quoi qu’il en soit, je tiens à être transparent avec toi (Valeur trois chez Plumavitae) : je suis un pur autodidacte dans l’édition mais je crois profondément à tout ce que je vais te dire, même si c’est idiot. Sur ce, c’est parti ! 

Tout dépend de ce que tu entends par démocratiser. Si la démocratie de l’édition signifie supprimer la place des éditeurs et des professionnels, il suffit de voir du côté de Wattpad ou de l’autoédition. Cependant comme l’autoédition regroupe tout et n’importe quoi, le lecteur se moque et boude les autoédités. Chez Plumativae, nous pensons que la démocratie ne doit pas passer par une suppression d’acteurs ou une diminution des exigences, mais dans une facilitation de l’accès aux outils de la réussite. C’est pour cela que nous proposons des critiques gratuitement et négocions des prix avec des graphistes et bientôt des traducteurs. Donc, si les éditeurs alternatifs veulent vivre de leur travail, voire évincer leurs confrères plus traditionnels, à un moment donné ils devront respecter les règles du jeu classique ».

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Donc pour toi, la démocratisation de l’édition ne doit pas vouloir dire un abaissement de la qualité des œuvres publiées, cependant la demande est tellement forte et le marché tellement juteux que bons nombres de maisons d’éditions alternatives n’ont pas de scrupules à publier le maximum d’auteurs en proposant des contrats douteux. C’est un peu le revers de la médaille et le grand risque pour les auteurs qui souhaitent à tout prix être publiés, non ?

« Simple : autant être autoédité. C’est peut-être parce qu’en France ça rime avec arnaque ou travail de moins bonne qualité. Mais quand je vois combien d’euros payent certains auteurs juste pour avoir le droit de vendre eux-mêmes le fruit de leur travail contre 10% de droits d’auteurs, autant l’investir dans une bonne formation sur l’édition et prendre en main sa carrière seul. Après, je vais encore une fois jouer l’avocat de ces éditeurs : n’est-ce pas la faute des auteurs qui ne lisent pas les contrats, ne s’informent pas et sont prêts à tout pour être édités ? Enfin, je m’accorde un droit de changer d’avis : de nombreux auteurs autoédités m’ont prouvé qu’il était possible de vivre sans éditeur. Si des maisons d’édition à compte d’auteur permettent l’émergence d’artistes qui vivent même mieux que la moyenne des auteurs, je reverrai mon jugement.

Valeur deux chez Plumavitae : Audace. Vous voulez juste écrire un roman pour vous et votre entourage ; écrivez du mieux que vous puissiez et envoyez-leur. Vous voulez écrire une série de best-sellers mondiaux et détrôner JK Rowling : arrêtez de lire cet article, coupez votre téléphone et ouvrez enfin Word ! Si vous y allez à fond, bossez dur et apprenez les règles du jeu quand on veut devenir écrivain, ça ne peut que marcher. Et surtout, lorsque quelqu’un vous donne son avis, posez-lui la question « pourquoi ? ». Plus vous comprendrez les attentes des lecteurs plus vous deviendrez un meilleur écrivain, car comme on dit chez Plumavitae « qui mieux que les lecteurs pour dire aux auteurs ce qu’ils aimeraient lire ? ».

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Du coup le rapport de force reste encore tronqué entre maison d’édition classique et alternative numérique ?

« Les rapports de force sur un marché ne peuvent pas être équitables, sinon il n’y a plus d’intérêts pour les clients. C’est un faux problème. Si on veut que les maisons 100% numériques puissent se développer, voire mieux que les éditeurs classiques, il faut qu’elles prouvent par leurs projets et concepts qu’elles peuvent apporter plus que le confort du papier. Par exemple, le nombre de sorties annuelles ou le prix. En 100% numérique, un éditeur peut publier autant d’ouvrages qu’il le souhaite, avec des nouveautés toutes les semaines, sans souci de place ou de temps de livraison des stocks. Ou même proposer des séries-feuilletons qu’on recevrait chaque semaine ou chaque jour sur une application. (Concept en pleine explosion en Asie, par exemple)

De même, je crois aussi à une révolution par les acteurs privés de la chaîne autour des éditeurs comme Youboox.fr ou Audiolib qui proposent des modèles possibles uniquement en numérique, comme l’accessibilité à moins de 10€ à plusieurs milliers d’ouvrages qui tiennent tous dans notre poche. Et qu’est-ce qui va se passer un jour ? Un Netflix du livre émergera et publiera des ouvrages si bons qu’ils gagneront le Goncourt, comme l’américain qui gagne des prix à Cannes.

Les deux types d’édition ne s’opposent pas mais doivent plutôt se compléter pour proposer une expérience encore plus immersive. Si chacun joue sur ses atouts, tous les acteurs y gagneront.

Avec internet et toutes les plateformes d’autoédition, je pense que l’édition s’est plus que démocratisée : chacun peut écrire ce qu’il veut et l’envoyer à qui il veut. A chacun de se donner les moyens d’écrire les meilleures histoires possibles. Comme pour tout marché, plus on sera nombreux à écrire et plus j’attends des éditeurs qu’ils soient plus sévères et me proposent des lectures qui me feront oublier mes jeux-vidéos et mon abonnement Netflix, car en tant que lecteur j’ai des exigences et eux doivent y répondre. Donc le meilleur moyen de démocratiser l’édition est simple : faciliter la professionnalisation des auteurs et de leurs écrits pour créer des œuvres d’exception. C’est une de nos missions chez Plumavitae et celle qui me passionne d’ailleurs le plus : l’éducation des auteurs. On peut jeter la pierre aux éditeurs, mais si chacun dans la chaîne se demande comment il peut devenir meilleur, nous en bénéficierons tous. »

Ce contexte de grande démocratisation de l’édition ressemble toujours à un cimetière de rêves et de promesses trompées. Le numérique a certes permis de répondre à cette forte demande présente sur le marché de l’édition. Cependant là où autrefois le rêve de devenir écrivain passait par le rasoir d’Ockham des maisons d’édition, internet est venu compliquer le cheminement, en rajoutant des possibilités ne débouchant bien souvent que sur le même constat qu’au départ : l’édition résulte de la plume et d’une certaine forme de chance. 

Le numérique ne pourra pas apporter cette grande démocratisation de l’édition seule, il devra être accompagné par les mammouths, les grosses maisons d’éditions qui détiennent le savoir-faire et la qualité de l’artisan. Cependant, Kevin Bilingi met le point sur un aspect essentiel et universel dans notre société : l’audace. Les portes ne seront pas plus faciles à ouvrir et le chemin ne sera pas moins long, mais avec un peu de persévérance et de folie, les passions semblent moins inaccessibles.

Pour autant, cette question de démocratisation semble être un faux débat. L’écriture a ce côté romanesque, bien plus que n’importe quelle autre forme d’art. La honte d’être un raté du cœur hante chaque écrivain et ça il en est de tout temps. On ne peut cesser de voir dans ce terme de démocratisation de l’édition une envie d’aller plus vite, une envie coûte que coûte de publier une œuvre qu’importe sa qualité, perdant alors cette substance romantique que possède le livre. Or, il existe à travers le monde bien plus de poètes cachés que d’écrivains adulés, et ça rien ne pourra le changer. Alors écrivons frénétiquement, sans vergogne. Continuons encore et encore à user nos doigts sur les notes de clavier de nos ordinateurs comme des pianistes. Continuons à nous faire rêver, à aspirer de conter nos histoires, à parler par le biais de l’écriture. Mais gardons-nous de toute prétention, de toute vanité, car la noblesse de l’art et de l’écriture se trouvent dans la simplicité de nos actes. Pensons d’abord à écrire, le chemin se dessinera par la suite devant nous. 

Et si par la suite l’envie d’avoir des retours sur vos écrits se fait forte, pensez à Plumativae et à ces centaines de personnes qui, comme vous, cherchent à peindre le monde de leur romantisme.

Baptiste Teychon