Moto E et Formula E, quand les sports mécaniques se mettent à l’électrique

Du 23 au 24 novembre se tenait en Arabie Saoudite la première manche du championnat 2019/2020 de Formula E, un sport mécanique d’un nouveau genre.

Apparus au début des années 30, et avec une véritable institutionnalisation en Europe et aux Etats-Unis durant les années 50, les sports mécaniques ont depuis leur existence sans cesse repoussé les limites de la technologie, en lien avec leur époque, mais également de l’innovation. Ils produisent des sensations et une expérience à vivre.

Aujourd’hui, peu importe la discipline, aller assister à un grand prix est une expérience à vivre, un éveil pour nos sens. On y ressent les vibrations du sol, l’odeur du carburant ou encore le bruit des moteurs.

Mais depuis maintenant 5 ans, une révolution tend à bousculer le schéma actuel. A l’heure où le développement durable et l’écologie sont la priorité, la Fédération Internationale Automobile (FIA) et la Fédération Internationale Motocycliste réfléchissent à œuvrer dans ce sens. 

Elles ont chacune lancé un championnat ayant recours à l’énergie électrique, le premier la Formula E en 2014, et le second la Moto E en 2019.

Les deux championnats cherchent à bousculer les codes établis, mais ils ne sont là qu’aux prémices, sont-ils le futur du sport mécanique ?

L’histoire récente de ces deux disciplines

L’histoire de la Formula E débute à l’aube des années 2010, plus précisément en 2011. La FIA à cette époque réfléchit à l’organisation d’ici 5 ou 6 ans d’un championnat de monoplace entièrement propulsé à l’électricité. L’idée est simple, développer un nouveau championnat précurseur et pour qu’il fasse également entrer les sports mécaniques dans le XXIème siècle. 

Mais le championnat voit le jour avec la volonté d’un homme Alejandro Agag. Dès les premières réflexions de la FIA sur le projet de championnat, il décide de créer l’année suivante en 2012, la Formula E Holdings. Après maintes et maintes négociations, un accord est trouvé entre les deux partis et le championnat voit le jour en 2014.

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Source : Premier E-Prix de Paris 2016 – Hugo Renart

La première course a lieu en septembre 2014 à Pékin, elle marque une première mondiale et une véritable révolution dans une discipline où se faire une place est difficile. Le championnat ne se déroule que sur des circuits urbains, avec la particularité de tout concentrer sur la journée. Pendant les premières années du championnat, les pilotes sont obligés de changer de voiture au milieu du grand prix, les batteries n’étant pas assez longues. La saison 2018/2019 marque un tournant dans l’évolution où désormais les voitures tiennent toute la course.

Pour sa part, la Moto E n’est qu’à ses débuts, la première saison s’est tenue en 2019 avec 5 courses. Avec les 5 courses, il est difficile de pleinement historiciser le championnat, mais une chose est sûre, il est déjà reconduit pour l’année 2020.

La FIM souhaite également travailler l’aspect environnemental, et concilier course et environnement. Le dimanche 17 novembre, Matteo Ferrari s’est vu sacré premier champion de Moto E, ce qui restera un titre historique.

L’état actuel des championnats 

Même si ces championnats sont jeunes, et encore à leurs prémices, ils sont attrayants. Dès le départ, la Formule E attire des grands noms en termes de pilotes. Pour les plus fins connaisseurs, il est possible de suivre Jean-Éric Vergne (champion du monde de FE), Bruno Senna ou encore Nelson Piquet Jr. 

La saison 2018/2019 fut un franc succès avec la présence de nombreux anciens pilotes de F1, certains avec des carrières rapides et d’autres avec des carrières impressionnantes comme Felipe Massa (vice-champion du monde 2008).

De même, bon nombre de constructeurs et d’équipes clientes s’intéressent à la discipline. Nissan, BMW, Jaguar et l’arrivée prévue de Mercedes pour la saison 2019/2020. Présente également en F1, cette dernière a pour objectif clair de vendre des voitures, et si dans le domaine du moteur thermique elle a fait ses preuves depuis 2014 en raflant tous les titres de F1, le constructeur s’attaque désormais aux véhicules électriques et quoi de plus logique que de gagner dans un championnat pour se bâtir une réputation.

En Moto E, les choses sont différentes puisqu’il ne s’agit là que de la première saison, encore expérimentale et sous forme de test. Parmi la grille de départ, l’on retrouve des pilotes provenant des différentes antichambres de la Moto GP (championnat le plus important) comme Matteo Ferrari le premier champion du monde, ou encore de Maria Herrera. Mais l’on retrouve également le vice-champion du monde de Moto GP Sete Gibernau, ainsi que des pilotes retraités.

Malgré des courses rapides avec une moyenne de 7 tours, le championnat est un succès.

Dans un futur proche

Tout d’abord, du côté de la Formula E, un monopole pour l’organisation d’un championnat électrique de monoplace a été accordé à Alejandro Agag et sa société, 25 ans. Le premier concurrent accrédité par la FIA ne pourrait donc organiser son championnat qu’en 2039 au plus tôt. Quid de voir les Formula E rouler un jour sur des circuits routiers, et non plus sur des circuits uniquement urbains. Celles-ci réalisent déjà leurs essais hivernaux sur des circuits routiers, pourquoi ne pas essayer d’en introduire au championnat.

Pour la Moto E, l’année 2020 va être déterminante. Si les spectateurs sont au rendez-vous et que la grille de pilote est de qualité, le championnat sera certainement reconduit pour plusieurs années encore. Mais la question de l’autonomie des batteries est encore à travailler, 7 tours de courses c’est moins d’un quart d’heure… et les spectateurs viennent pour voir des performances mais aussi du spectacle.

Enfin, la FIA de son côté réfléchit à lancer un second championnat électrique, dans le domaine des voitures de tourisme, celles que les particuliers peuvent acquérir. Son nom est « Electric GT » et un partenariat conclut avec le géant du secteur Tesla pour la fourniture des véhicules a lieu. Mais le championnat qui devait voir le jour en 2018 a pris du retard, la faute au manque d’investisseurs intéressés par le projet.

Des courses de sports mécaniques avec des véhicules et motos électriques seraient un non-sens. Désormais, la mécanique n’inspirerait plus et seule l’électronique aurait sa place. Cependant, une chose est sûre, les courses doivent évoluer et les constructeurs l’ont bien compris, mais serait-il plus judicieux d’œuvrer pour des courses avec des moteurs hybrides ?

Les puristes, pour leur part, risquent de se détacher des disciplines s’ils ne retrouvent plus les sensations qu’ils ont connues par le passé.

Hugo Renart