Suicidaire jusqu’au bout ? Partie 1

Augmentation des inégalités, diminution des rendements agricoles, dégradations climatiques, individualisme et extrémisme en progression sont autant de crises interconnectées fragilisant nos sociétés modernes. Que nous attend si nous ne changeons pas de cap ? Comment étudier ces crises et ses effets ?

Un mot: Collapsologie. De l’anglais « to collapse » – s’effondrer – est d’après l’un de ses initiateurs, Pablo Servigne, « l’étude scientifique de l’effondrement de notre civilisation, notre civilisation thermo-industrielle».

Ingénieur agronome, il a avec Raphaël Stevens popularisé ce terme de collapsologie à partir de 2015 en publiant en particulier deux livres : « Comment tout peut s’effondrer » ainsi que « une autre fin du monde est possible ».

Ce n’est pas une science à proprement parler, mais plutôt un regroupement de domaines et de thèmes : finance, agriculture, santé, politique, anthropologie etc.

Il est évidemment impossible de traiter tous les aspects de la collapsologie en si peu de lignes.

C’est pourquoi il y aura une suite à cet article.

Si notre société venait à s’effondrer, dans tous les sens du terme, ce ne serait pas la fin du monde, mais plutôt celle d’un monde, celui que nous connaissons

Mais tout d’abord, qu’est ce que l’effondrement? Depuis plusieurs années, experts et scientifiques essayent de trouver une définition à ce terme. Celle la plus souvent citée est celle donnée par Yves Cochet, ancien ministre de l’écologie. Pour lui, un effondrement serait le processus à l’issue duquel, les besoins de base de la population ne sont plus fournis par des services encadrés par la loi et de façon durable.

L’effondrement en lui-même est déjà là. Nous sommes très sûrement au tout début du déclin, nous amorçons inéluctablement notre descente.

Il y a plusieurs exemples qui le montre :

-Les populations d’oiseaux s’effondrent (1/3 d’oiseaux en moins depuis le début du siècle dans nos campagnes), de même pour les insectes.

-Les inégalités économiques dans le monde sont, elles, de plus en plus présentes. En moyenne un patron du CAC 40 touche 400 fois plus que le plus bas salaire de la firme. Selon Ford lui même, l’écart entre le salaire du patron et de l’ouvrier ne devait pas dépasser un rapport de 1 sur 40, pour éviter toutes grèves ou violences.

-Le nombre de personne qui souffrait de la faim était en nette diminution jusqu’à il y a quelques années, cela semble aujourd’hui être reparti à la hausse.

Dans tous les domaines, le constat est le même. Nous consommons plus de jour en jour, les investissements n’ont jamais été aussi nombreux. La consommation d’engrais, de papiers et d’eau sont en augmentation constante.

Au niveau écologique, il n’y a jamais eu autant de CO2 dans l’atmosphère qu’aujourd’hui, de même pour les températures au dessus des océans et continents et bien d’autres problèmes exposés dans ce tableau :

Il n’est évidemment pas possible de continuer ainsi. Comment tous les secteurs peuvent avoir une croissance exponentielle dans un monde fini? Nous avons qu’une planète, il n’y a pas de plan b. Si nous continuons à consommer et à vivre ainsi, il n’y a pas de back-up possible. Notre société fonctionne à flux tendu, elle est très peu résiliente. Elle est puissante mais en même temps faible, un simple shutdown pourrait tout faire basculer.

Nous ne savons pas quel sera le premier élément déclencheur, même si l’agriculture et la finance sont privilégiés. Cependant, pour Jared Diamond il y a cinq critères que l’on retrouve dans les effondrements de civilisations : guerres d’invasion, catastrophes climatiques…

La 5ème est commun à tous les effondrements de civilisations (maya, romaine) . C’est les mauvaises décisions des élites économiques et politiques quand l’on arrive près du « précipice ». Les élites sont dans une bulle de confort, ils ne voient pas ce qui se passe autour d’eux, d’après Pablo Servigne.

Cet article s’est voulu plutôt introductif, exposant des faits, pas toujours gais à entendre.

Un deuxième article sur la même thématique lui fera suite, abordant la question du pétrole et des énergies (dépendance, remplacement possible) qui seront sûrement le point déclencheur de l’effondrement. La question de la datation sera aussi abordé, ainsi que des conséquences probables et comment y faire face.

Benjamin Abgrall

Liens utiles : 

Interviews Pablo Servigne

Vidéo d’Absol vidéos traitant d’effondrement.