Décès de Kobe Bryant : hommage au Black Mamba

C’est une onde de choc qui a traversé ce dimanche 26 janvier le monde de la balle orange, et toute la sphère sportive. 

Kobe Bryant est décédé des suites d’un accident d’hélicoptère avec sa fille Gianna Bryant âgée de 13 ans au dessus de Calabasas en Californie. Elle suivait les traces de son père et était promise à un avenir sur les parquets des plus radieux, ils se rendaient d’ailleurs à un match de son équipe la “mamba team”. Avec eux, c’est sept autres personnes qui perdent la vie, dont des coéquipières de Gianna et leurs parents. John Altobelli, Keri Altobelli, Alyssa Altobelli, Christina Mauser, Sarah Chester, Payton Chester et Ara Zobayan le pilote.

Fait très rare en NBA, le derby opposant les Clippers aux Lakers prévu ce mardi au Staples Center sera reporté. La NBA n’avait pas annulé de match depuis 2013 avec l’attentat du marathon de Boston, et les faits antérieurs remontent à 1963 après l’assassinat de Kennedy.

Lors d’une interview, “Black mamba” avait avoué que ce qu’il lui manquait le plus depuis sa retraite, outre le fait de jouer, c’était le bruit du parquet et le filet légèrement penché après un panier. Cette âme de poète le grand public la connaissait depuis 2018, lorsqu’il a reçu un oscar pour le meilleur court métrage d’animation “Dear Basket-ball” réalisé par Glen Keane.

Accessible en ligne gratuitement, on peut y entendre la voix de Kobe en narrateur qui retrace son histoire d’amour avec le basket, comme un hommage écrit beaucoup trop tôt par la légende lui-même.

Un palmarès long comme le bras

5 fois champion NBA, 18 fois ALL STAR, double MVP des finals,1 fois MVP, double champion olympique avec la team USA, 11 fois dans la All Nba 1st team, 2 double meilleur marqueur de la NBA et meilleur marqueur des Lakers avec 33 643 points en carrière et auteur d’un match à 81 points…Affirmer que les accomplissements du Black Mamba sont nombreux est un euphémisme.

Pendant 2 décennies soit 20 saisons, il a su emmener son équipe vers les sommets de la ligue aussi bien avec l’aide de son compère Shaquille O’Neal que de son ami Pau Gasol. Grâce à une longévité impressionnante qui relève de l’exploit, Kobe a su remettre les Lakers sur le devant de la scène après une période post Magic Johnson assez compliquée pour les Angelinos.

Des 5 titres qu’il a gagnés, le plus symbolique est sûrement le dernier en date, obtenu en 7 matchs en 2010 contre ses rivaux historiques : Les Boston Celtics. Dans une série étriquée, les Lakers parviennent à vaincre leurs ennemis au terme d’un match ultra défensif et prennent leur revanche sur ceux qui les avaient étrillés 2 ans plus tôt, le Staples center explose.

Un mental d’acier 

17 ans, c’est l’âge qu’avait Kobe au moment de sa saison rookie en NBA. Drafté en 13ème position par les Charlotte Hornets en 1996, ses droits sont directement transférés chez les Lakers dans la cité des anges. Fraîchement sorti de son cursus high school (le lycée), l’arrière d’1m98 essuie d’abord une vague de critiques suite à une série de 3 airballs consécutifs face aux Jazz d’Utah durant les playoffs 1996. Loin d’être vu comme un futur MVP, le natif de Philadelphie ne désespère pas et se réfugie dans le travail pour doubler sa moyenne de points par match l’année suivante. Cette réaction ne constituait que l’une des innombrables preuves de la «mamba mentality. » Dès son adolescence, le jeune Bryant s’amusait déjà à défier les partenaires de son père, alors basketteur professionnel en Europe. Toujours en avançant et en prenant ses responsabilités, Kobe n’a jamais reculé devant aucune adversité. Dès que la fin de match se tendait et que le score se resserrait, la balle résidait dans les mains du numéro 24 (et ancien numéro 8) pour prendre le dernier shoot, celui qui allait transpercer les filets du panier adverse pour sceller la victoire des siens.

Le 12 Avril 2013, il se rompt le tendon d’Achille. Malgré sa blessure, il va faire preuve d’une pugnacité absolument incroyable et va réussir en boitant, à inscrire ses 2 lancers francs avant de laisser ses coéquipiers terminer le match sur une victoire. C’est ça, la mamba mentality et l’exemple que représentait Bryant.

Une éthique de travail incroyable

L’histoire de Kobe, c’est celle d’un bourreau de travail. Des dizaines d’heures passées par jour à la salle d’entraînement, une obsession presque sociopathe pour le jeu. Pour lui, se lever à 3h chaque jour pour enchaîner les tirs et s’infliger des exercices supplémentaires n’était pas une contrainte. Selon les dires de Jamal Crawford (ancien adversaire de Kobe), « Il répétait chaque shoot une heure entière. Savez-vous quelle concentration mentale est nécessaire pour cela ? » Au contraire, c’était comme s’attaquer à la construction d’un puzzle de plusieurs millions de pièces. Chaque jour, il apportait une pièce au puzzle, minutieusement. De manière métaphorique, on pourrait dire qu’il l’a achevé en devenant l’un des meilleurs joueurs de l’histoire et en entrant au panthéon de sa franchise de toujours : celle des Los Angeles Lakers. 

60 points pour son dernier match : un scénario lunaire

En Avril 2016, le monument des Lakers entame la dernière étape de son farewell tour (sa tournée d’adieu ndlr) à domicile dans l’antre du Staples Center. On retrouve beaucoup de grands noms comme Snoop Dog, Jay Z ou Jack Nicholson venus assister à un moment d’anthologie. Kobe va inscrire la bagatelle de 60 points avec des mooves et des tirs tous plus compliqués les uns que les autres. Menés de plus de 10 points avant le dernier quart temps, les Lakers vont compter sur leur héros pour revenir dans le match et passer devant sur un tir de Kobe sur un .. fadeway (tir à reculons) qui a fait figure de signature pendant toute sa carrière. Il est à 58 points et se retrouve sur la ligne des lancers pour inscrire ses 2 derniers points. Rien n’est fait mais en cas de sans faute, le futur retraité finira avec 60 unités au compteur. Acclamé par la foule qui scande « MVP, MVP », il transforme ses 2 tirs et sort du terrain ovationné à l’occasion d’un temps mort et prononce au micro un discours s’achevant par «Mamba out.»

Quelques mots au nom de tous les fans de basket

Bien que je ne sois pas son plus grand fan, j’ai un nombre important de souvenirs qui me lient à Kobe Bryant, à l’instar d’un grand nombre de passionnés. Je m’étais levé durant la nuit pour assister à son dernier match, épilogue d’une carrière magnifique et couronnée de succès. Son style de jeu élégant lui a valu durant mon adolescence un poster de lui dans ma chambre ainsi que de nombreuses parties endiablées sur NBA 2K. Déjà, au moment de sa retraite, j’avais eu un léger pincement au cœur étant donné le vide que cela représentait pour la planète basket. Alors, le moment de son accident ne m’a clairement pas laissé indifférent. Preuve de son aura, sa disparition a fait émerger un consensus sur son impact et son importance dans le monde de la NBA. Joueurs, entraîneurs, fans, tous ont senti un bouleversement dans le paysage sportif américain et mondial.

Kobe dégageait tant de sang-froid qu’il semblait presque invincible et jamais dépassé par les

événements. Malheureusement, le pragmatisme de l’histoire donne une fin dotée d’une autre version. Je voudrais donc le remercier pour avoir contribué à me faire aimer le basket. Quel basketteur n’a jamais tenté de reprendre ses mimiques ou ses tirs en suspension sur le playground ou à l’entraînement ? (sans le même succès évidemment) Qui n’a jamais crié « Kobe » quand il parvenait à mettre une boule de papier à la poubelle depuis un endroit éloigné ? Ce décès nous montre la portée infinie du sport qui décuple les émotions, aussi bien par les exploits héroïques de ses protagonistes que par ses incidents tragiques.

Alors, merci Kobe, merci d’avoir été notre Michael Jordan moderne, nous la nouvelle génération qui n’avons pas eu la chance de le voir jouer. Merci d’avoir inspiré des millions de personnes par ta mentalité qui a mis en valeur notre sport, merci d’avoir fait partie du paysage de la NBA, merci pour tous ces souvenirs.

Comme tu l’as déjà dit « Mamba out » pour toujours cette fois. Mais ta place se trouve au panthéon des légendes, tu rejoins là-haut le club des Wilt Chamberlain, Moses Malone ou encore Drazen Petrovic. Ciao l’artiste, repose en paix champion.

Milan Busignies

Leïla Léa Bensafia