Marguerite André : Une ébéniste parmi les hommes

Marguerite André est en apprentissage chez les Compagnons du Devoir à Toulouse. Aspirante ébéniste, la jeune femme parvient à s’imposer dans un métier souvent associé à un travail masculin.

Son geste ne laisse pas de place à l’erreur. Chaque millimètre compte dans le façonnage du meuble que doivent réaliser les apprentis. Marguerite André, seule femme du groupe, déambule dans l’atelier de menuiserie de la maison des Compagnons du Devoir et du Tour de France. Cette passionnée a trouvé sa voie : l’ébénisterie. Un art qui associe finesse et technique. Expérimentée, elle a déjà validé un CAP de menuiserie avant son entrée en décembre dernier chez les Compagnons. « Les bases, je suis la seule dans le groupe qui les maîtrisent déjà » affirme-t-elle. À plusieurs reprises, Mathias âgé de 18 ans se réfère à son ainée et l’interroge : « comment tu fais pour savoir où couper ? » La jeune fille de 22 ans pose un regard bienveillant sur ses camarades. Toujours disponible pour le guider dans leurs ouvrages.

Seulement 10 % de femmes sur le Tour de France 

Pour tailler sa place parmi les Compagnons, Marguerite a dû passer un test écrit et un entretien individuel. L’institution accueille seulement depuis 2002 les jeunes femmes. Aujourd’hui, Marguerite est aspirant compagnon et alterne entre apprentissages théoriques, à Toulouse et pratique en entreprise, à Rodez. Du chantier à la salle de classe, la jeune fille a depuis longtemps remarqué la sous-représentation des femmes dans les métiers manuels. « Je ne me sens pas illégitime, c’est même parfois gratifiant d’être la seule fille. » Pionnière dans le milieu, elle estime que sur le Tour, elles doivent être 10% au total. « Ceux de la vieille école se disent que les filles n’ont pas les épaules, l’énergie pour porter des choses » justifie-t-elle. 

Née dans un village près de Bordeaux, Marguerite a d’abord obtenu un baccalauréat en graphisme artistique. Sa fibre créatrice, elle la doit à son père comédien. Enfant, elle se lance dans le théâtre. Sans succès. « J’ai horreur de monter sur les planches et d’être le centre de l’attention » rougie-t-elle. Sa vocation, c’est au fond de la scène qu’elle va la trouver. Dans la fabrication des décors. « J’aidais toujours mon père pour les décors de ces pièces de théâtre, ce qui m’a beaucoup influencé. » De la scénographie à l’ébénisterie, l’écart est mince. Très rapidement, elle se plonge dans l’univers de la restauration des meubles anciens et le travail du bois. 

De la scénographie à l’ébénisterie…  

Les machines grondent dans l’entrepôt des Compagnons du Devoir. La jeune ébéniste s’applique, deux morceaux de chêne entre les mains et un crayon à papier noyé dans ses cheveux.  Aux yeux du formateur, Marguerite est une apprentie comme les autres. « Il ne me demande pas si c’est trop lourd ou si je suis capable de porter une pièce, il est hyper juste avec moi » félicite-t-elle. Une fois son travail accompli, elle range soigneusement son matériel dans sa large sacoche. Scie japonaise et équerre sont délicatement conservées dans des pochettes en cuir usées, qu’elle a confectionné. Dans les chambres de la maison des Compagnons, Marguerite porte aussi bien le costume d’artisan que ses collègues masculins. 

Mérième Stiti