Netflix fait son cinéma

La plateforme Netflix s’impose comme un nouvel acteur incontournable du cinéma. Une stratégie pour contrer la venue des studios hollywoodiens sur le marché du streaming vidéo, de plus en plus disputé.

Netflix avance ses pions dans le septième art. Le numéro 1 mondial du streaming vidéo a misé 175 millions de dollars pour The Irishman, la dernière livraison de Martin Scorsese. À titre de comparaison, en 2015, le blockbuster Jurassic World avait coûté 150 millions de dollars au studio Universal Pictures. En choisissant trois poids lourds du box-office américain, Robert De Niro, Al Pacino et Joe Pesci, Netflix affirme sans ambiguïté sa volonté de bousculer les grands studios de production américains, jusque-là incontournables dans cette industrie.

La plateforme a déjà quelques jolies prises à son tableau de chasse. Lors de la 91e cérémonie des Oscars, elle a empoché trois statuettes avec le film d’auteur Roma, d’Alfonso Cuaron. Incontestablement, l’arrivée de Netflix bouleverse le modèle économique traditionnel du cinéma. La plateforme fait flamber les budgets de production, forte des recettes récurrentes tirées de ses 150 millions d’abonnés. 

Toutefois, le site de streaming peine à s’intégrer au modèle européen, caractérisé par un financement public de soutien à la création. « Le but de Netflix est de faire du chiffre, pas de l’art. Comme producteur, c’est la mort de l’économie de proximité. Les recettes d’un film ne seront plus réparties entre les producteurs et distributeurs », affirme Raluca Calin, sociologue spécialiste du cinéma européen. 

D’autant plus que sur le marché hollywoodien, la stratégie Netflix est à nuancer. Elle n’atteint pas encore le budget fastueux de certains films. En 2018, Avengers : Infinity War avait coûté entre 320 et 400 millions de dollars, selon les estimations.  

Attirer les grands réalisateurs

Son succès, Netflix le doit à ses séries en créations originales telles que Black Mirror, Stranger Things ou La Casa de Papel. En trois ans, son budget dédié à ce type de productions a triplé. Il est passé de 5 milliards de dollars en 2016, à 15 milliards, cette année. De l’autre côté de l’échiquier, Disney, Warner Media et NBC Universal sont bien décidés à rendre coup pour coup en  s’introduisant ces dernières semaines, sur le marché du streaming vidéo. De son côté, Netflix va chercher ses concurrents hollywoodiens sur leur marché traditionnel : la production de films grand public. Elle a déjà débauché de grands réalisateurs comme Martin Scorsese, Steven Soderbergh ou Guillermo del Toro. 

Une diversification vitale pour la plateforme qui perdra bientôt les droits d’exploitation de quelques-unes des séries qui ont fait sa notoriété. D’après une étude du cabinet 7 Park Data, 80 % des programmes diffusés par Netflix ne lui appartiennent pas. Ces contenus ont été produits par ses concurrents qui ne vont pas tarder à les récupérer. Cet appauvrissement prochain de son catalogue se traduit notamment par le départ de séries cultes comme Friends ou The Office qui retourneront chez NBC Universal en 2021 et Grey’s Anatomy, qui appartient à Disney. 

La nature ayant horreur du vide, Netflix compensera cette perte de contenu par une prochaine superproduction. Six Underground, signé par Michael Bay et doté de 150 millions de dollars de budget sera mis en ligne le 13 décembre prochain.

Mérième Stiti