Une relance économique « verte » : les fondations d’un monde nouveau

Les prises de conscience politiques et citoyennes autour de l’environnement ces dernières années traduisent l’envie commune de mettre en œuvre une économie davantage « verte ». Mais le virus de la Covid-19 a entrainé une profonde crise financière nécessitant des plans de relances nationaux et européens attisant ainsi l’inquiétude d’une mise à l’écart des projets écologiques. 

Le ciel rempli d’un océan bleuté, traversé par un soleil de plomb, fut une redécouverte pour de nombreux habitants du monde entier. Le confinement mis en place par des gouvernements aux quatre coins de la planète afin d’éviter une propagation trop rapide du virus de la Covid-19 a sans doute redonné un second souffle à la terre qui subissait les affronts sans jamais rechigner depuis la révolution industrielle. Trop peu de temps pour lui redonner son allure d’antan mais assez pour se rendre compte des méfaits de l’Homme sur un joyau à préserver à tout prix. 

Pourtant, les prérogatives économiques sont vite revenues au galop lorsqu’il a fallu penser à l’après-Covid. La pandémie ayant balayé d’un revers de main toute forme de stabilité économique, cela a provoqué une crise d’une grande ampleur à l’image de celles connues autrefois avec la Grande Dépression de 1929 ou la crise des « subprimes » en 2007-2008. Ainsi, le FMI table désormais sur une récession mondiale de 3%. La production, de même que la consommation, a baissé poussant, de ce fait, les Etats du monde entier à débloquer des sommes pharamineuses pour limiter les dégâts. La question qui se pose ici revêt une importance capitale : n’y a-t-il pas finalement la possibilité de réinjecter cet argent de manière fructueuse à la fois pour l’économie à l’échelle nationale et européenne tout en se conformant aux objectifs prévus initialement en matière écologique ? 

Les pouvoirs publics en première ligne 

Bien souvent dans l’histoire de l’humanité, les grands bouleversements ont eu lieu aux mains des citoyens autrefois membres du peuple : des hommes, des femmes, qui se sont saisis des problématiques de leurs époques respectives pour changer de cap, mettre les voiles vers un monde nouveau. Or, si la place des citoyens n’est pas à négliger dans la protection de l’environnement, la transformation profonde des modèles économiques et sociétaux entourant l’écologie semble indétachable des pouvoirs publics qui ont cette faculté unique de pouvoir inciter et contraindre à la fois. 

Inciter par le biais d’aides financières, de subventions et contraindre par des lois, des taxes…etc. Si ces deux possibilités sont envisagées, cela pourrait amener les entreprises et les ménages à produire et consommer différemment, avec une empreinte écologique moindre. Concrètement, ces sommes allouées pour accompagner la transition écologique sont mises en place à trois échelons : au niveau européen, national et local. Evidemment, cette influence des pouvoirs publics n’est pas nouvelle mais aux dires des dirigeants politiques, elles devraient prendre davantage de place avec les ressources financières accordées en vue d’une reprise économique. 

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne depuis 2019, a proposé lors de la COP25 à Madrid le 2 décembre dernier un « green deal » (plan d’investissement durable de 1 000 milliards d’euros) visant à faire de l’Europe « le premier continent neutre » en carbone en 2050. Un projet ambitieux pour l’environnement qui traduisait déjà une volonté de changement profond à l’échelle européenne. 

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Ursula von der Leyen s’est engagée à placer l’écologie au cœur de la relance économique européenne.

L’angoisse est montée quand il a fallu penser au « post-coronavirus » et notamment au fait de limiter les effets d’une crise économique inédite. L’écologie allait une nouvelle fois être sujet aux paroles plus qu’aux actes. Néanmoins, a priori, il n’en est rien. Les promesses doivent être tenues car c’est l’occasion pour l’Union européenne de démontrer son utilité sur le plan économique et environnemental. Combiner les deux branches s’avère très complexe mais rien qui puisse effrayer une présidente convaincue des répercussions positives d’une relance verte. En effet, Ursula von der Leyen compte sur un « futur vert, numérique et résiliant ». Après tout, le Parlement européen a bien réussi à voter l’interdiction du plastique à usage unique le 27 mars 2019 ce qui, il y a encore 10 ans, paraissait inenvisageable. C’est pourquoi, la Commission européenne a proposé un plan de relance économique d’un montant de 750 milliards d’euros qui serait financé par l’endettement de la Commission au nom des Etats-membres. Les pays qui souhaiteraient bénéficier d’une enveloppe devront suivre les règles relatives au « Green Deal ». Cela reviendrait à contrôler l’évolution des pays en accord avec les prérogatives environnementales. 

De même qu’au niveau européen, le gouvernement français ne souhaite pas « botter en touche » l’ensemble des questions environnementales. Apparemment, c’est même le contraire. Les aides allouées devraient s’inscrire dans ce processus de redynamisation des secteurs économiques à travers des projets pour l’environnement. Le président de la République E. Macron a rappelé cela lors de son allocution du 14 juin : « Il nous faut aussi créer les emplois de demain par la reconstruction écologique qui réconcilie production et climat, avec un plan de modernisation du pays autour de la rénovation thermique de nos bâtiments, des transports moins polluants, du soutien aux industries vertes ». Cette relance gravitera autour de trois axes principaux : un développement des bâtiments avec une empreinte écologique quasi nulle ainsi qu’une rénovation des « passoires thermiques », c’est-à-dire des logements très mal isolés et qui polluent beaucoup. Deuxième point, une évolution rapide vers des transports beaucoup moins polluants comme la voiture électrique ou ce qu’on appelle « véhicule propre » ainsi qu’un développement massif des réseaux ferroviaires… Enfin, l’industrie française qui contribue à hauteur de 10% du PIB français, pourrait se voir impactée par les décisions du gouvernement suite à la crise du coronavirus. Une accélération des mesures écologiques au sein de l’industrie française pourrait avoir lieu en même temps que la reprise économique si l’Etat le décidait. En effet, ce dernier est actionnaire dans des entreprises importantes en France comme Air France ou Renault. Une possibilité donc, de guider le secteur industriel vers une transition écologique et durable progressivement. 

Cela devra passer par des actions concrètes au niveau des entreprises où la contrainte (taxes) fonctionne apparemment mieux que l’incitation tandis que les ménages sont, semble-t-il, moins enclin à toutes formes de contraintes. Il apparaît plus opportun d’accompagner les ménages dans leurs transitions écologiques plutôt que de leur mettre une quelconque pression. 

De même, les collectivités territoriales ont un rôle majeur à jouer dans cet objectif de relance verte. Ce sont elles finalement qui font le relai entre des décisions émanant de l’Europe/gouvernement français et les citoyens. De plus, les collectivités peuvent directement insuffler un nouveau modèle économique dont les fondations reposent avant tout sur le respect de l’environnement. C’est par exemple le cas de la ville de Bordeaux qui investit dans des quartiers et plus particulièrement dans des logements aux matériaux écologiques, à l’instar du bois. En 2021, devrait ainsi voir le jour, la plus haute tour (55 mètres) jamais construite en ossature bois : la tour Hypérion. Bordeaux Euratlantique, qui reconfigure le quartier de la gare Saint-Jean et ses alentours, joue largement cette carte du matériau, s’étant engagée à construire 25.000 m² par an en structure primaire bois majoritaire et/ou en matériaux biosourcés pendant 15 ans. La Gironde prend ainsi le parti d’utiliser ses ressources naturelles dont le bois fait partie intégrante pour construire mieux et innover sur le plan du logement écologique. Les changements semblent venir avant tout de l’exécutif local qui a un pouvoir plus important dans une relance verte à son échelle que l’Europe, ne pouvant tout surveiller. 

La production et la consommation au tournant de la transition écologique

De même que les pouvoirs publics, les entreprises et les consommateurs doivent contribuer à sortir de la crise économique. Mais sans omettre un changement de modèle nécessaire à l’heure où les effets du changement climatique inquiètent. Il s’agit a priori simplement de ne pas commettre les erreurs d’autrefois et d’entamer réellement une trajectoire positive pour l’environnement. Mais en réalité, c’est bien plus compliqué que cela. 

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Illustration d’un changement de modèle de production et de consommation autour d’énergies renouvelables

Les consommateurs demeurent le levier de ce processus de relance verte. Les rejets de CO2 ont diminué de 1,1 % par an entre 2015 et 2018 alors que, selon les chiffres fixés par l’Accord de Paris, ils devraient avoir baissé de 1,9 %. La pression s’accentue alors sur les ménages bien plus finalement que sur les Etats et les entreprises. C’est ce qui avait conduit, il y a près de 18 mois, au mouvement des « gilets jaunes » suite à la taxe carbone. 

Les citoyens du monde entier ont de nos jours une véritable conscience écologique qui poussent même certains d’entre eux à descendre dans les rues des plus grandes villes au monde pour manifester contre les inactions politiques en matière environnementale. Il n’y a plus de doutes là-dessus. Mais au-delà des mots, il apparaît aujourd’hui nécessaire de bousculer la demande pour que l’offre évolue et que les producteurs se tournent vers un modèle moins polluant. Pour cela, les consommateurs vont devoir faire un effort important en matière de transports, d’énergies, de logements, de produits alimentaires. Pour se nourrir par exemple, cela signifie se tourner vers du circuit-court, vers une agriculture biologique, réduire sa consommation de viande. 

Sans aucun doute nécessaire, ces changements restent encore très compliqués à mettre en place pour les consommateurs, notamment en terme de logistique, mais plus encore de coûts. Tous ces efforts ont un coût financier relativement élevé et donc possiblement inenvisageable pour des ménages à bas-revenus. Par exemple, faire des travaux pour sa maison dans le but de la rendre moins énergétique coûte cher et les aides accordées pour cela ne représente souvent pas plus de 30 % du coût final des réparations. L’écologie est un facteur d’inégalité car elle creuse un peu plus le fossé entre les plus pauvres et les plus riches. L’Etat ferait alors bien d’augmenter les aides pour encourager cette relance verte auprès des consommateurs car ceux-ci, représentent deux tiers de la croissance du PIB. Néanmoins, l’exécutif n’a pas les poches pleine d’or et doit toujours « jouer l’équilibriste » afin de garder un budget cohérent ce qui s’avère difficile si les dépenses sont trop importantes pour les entreprises et les consommateurs en matière environnementale. 

Produire plus pour gagner plus, tel est le dicton. Pour autant, en 2020, des modèles alternatifs à cela existent et sont tout à fait rentables. Cette première alternative, c’est de produire différemment. De ce fait, les entreprises ont deux voies qui s’offrent à elles actuellement : soit se servir des sommes allouées pour la relance afin de combler leur retard ou prendre davantage d’avance dans certains secteurs suite à la crise. Ou bien, ces dernières peuvent utiliser cet argent pour continuer ou commencer une transition écologique afin de développer de nouvelles méthodes de production et par la même occasion réduire leur empreinte carbone. EDF, entreprise française détenue à 80 % par l’Etat et premier producteur et fournisseur d’électricité en France et en Europe s’engage à suivre le chemin d’une relance verte : « On a tous envie de voir redémarrer les entreprises. Mais on a tous aimé voir baisser les émissions de CO2 ». 

Contrairement aux crises financières précédentes, les technologies « vertes » existent et fonctionnent très bien aujourd’hui à l’image des énergies renouvelables comme les éoliennes, les panneaux solaires, les bâtiments construits à partir de certains matériaux comme le bois qui consomment peu. Les entreprises doivent s’adapter d’abord pour elles-mêmes afin de se diversifier et de proposer des réponses à la crise climatique. Néanmoins changer du tout au tout son modèle de production n’est pas envisageable. C’est pourquoi, les patrons auraient tout intérêt à anticiper sur le moyen-terme et préparer le terrain autour de produits qui répondent aux exigences des directives politiques mais aussi de la demande des consommateurs. Et surtout, l’ensemble des entreprises dans un secteur particulier doit pouvoir suivre la tendance, auquel cas, l’impact sera limité. Un équilibre pour le moins difficile à trouver entre une reprise économique et une baisse des émissions de CO2. 

Si les entreprises ne s’activent pas et relèguent au second plan les questions écologiques, il reviendra aux dirigeants politiques la tâche de coordonner à l’échelle européenne et nationale, des politiques efficaces pour lutter contre une économie « énergivore ». Toutes les entreprises sont bien évidemment concernées par cette relance verte des TPE au PME en passant par les entreprises nationales comme Total. Création de nouveaux métiers, formations, subventions…autant de pistes à étudier pour les entreprises et les pouvoirs publics. 

Point sur la Convention citoyenne pour le climat

Les 150 membres de la convention citoyenne pour le climat, tirés au sort par génération au sein de la société civile

« Cette Convention répond à la double attente des Français.e.s d’aller plus loin et plus vite dans la lutte contre le dérèglement climatique et de donner davantage de place à la participation citoyenne dans la décision publique ». En début de dossier de presse, ce paragraphe donne le ton. L’intention est clair : il faut redonner du pouvoir aux citoyens et agir rapidement contre le réchauffement climatique. A l’issu de 9 mois de discussion, les membres de la convention ont adopté plus de 150 propositions dans le but de réduire les émissions de CO2. Des mesures qui concernent les transports, l’alimentation, le logement… Ces propositions pourront ensuite avoir un caractère contraignant (en droit) si l’exécutif souhaitait par exemple soumettre une des propositions au référendum. Affaire à suivre…


Adrien Chapiron