Anne Bonny et Mary Read : amour, féminisme, et piraterie

Mercredi 18 novembre dernier, les Londoniens ont pu découvrir les silhouettes de deux pirates oubliées sur les rives de la Tamise. L’artiste à l’origine de la statue, Amanda Cotton, a représenté les amantes Anne Bonny et Mary Read à l’occasion du lancement du podcast Hell cats.

A la fin du 18ème siècle, de chaque côté de l’océan, grandissent deux jeunes filles aux situations bien différentes.
Fille d’un bourgeois irlandais, Anne Bonny est élevée dans une plantation en Caroline du Sud qu’elle quittera à 16 ans pour assouvir ses désirs d’aventures. La légende dirait même que c’est après un conflit avec son père qu’elle aurait mis le feu à la propriété avant de s’enfuir avec son amant…
S’engageant rapidement dans la piraterie, Anne s’entoure de personnages plus intéressants les uns que les autres.
Elle-même, une jeune femme au fort caractère, courageuse et impulsive, sort complètement des codes de la féminité de l’époque.

Dans son essai « Lesbian pirates : Anne Bonny and Mary Read », Nicor Norton raconte son amitié avec Pierre Bouspeut, un pirate homosexuel qui tenait un café, un salon de coiffure et un atelier de confection de vêtements. C’est avec lui qu’Anne organise son premier raid, prenant pour cible un bateau français. Ils volent un bateau abandonné avec l’aide d’amis de Pierre, y installent des mannequins féminins habillés de robes, et aspergent le tout de sang de tortue. La touche finale : Anne se tient à la poupe, brandissant une hache recouverte de sang. C’est ainsi qu’ils voguèrent en direction de leur cible, à la lueur de la lune. L’équipage adverse se rendit sans se battre, terrifié.
Anne Bonny fut la maîtresse de plusieurs capitaines, mais c’est à bord du Revenge, en compagnie du capitaine Calico, qu’elle fait la connaissance de Mary.

Celle-ci grandit en Angleterre, seule avec sa mère qui la fait passer pour son frère décédé pour toucher une pension, et plus tard l’héritage de sa belle-famille. Ces avantages étaient alors réservés aux héritiers mâles. Mary en vient à préférer son rôle masculin, et, une fois adulte, s’engage dans la marine.
C’est lorsqu’elle est à bord d’un navire anglais à destination des Antilles que celui-ci est attaqué par des pirates à la recherche de nouveaux effectifs… Mary les rejoint, séduite par les valeurs progressistes de la piraterie : égalité des voix, partage du butin et solidarité entre les membres de l’équipage.

« Les motivations des femmes qui s’engagent dans la piraterie ou dans l’armée, c’est aussi une façon d’être maître de son destin et de prendre sa vie en main, à une époque où les voies professionnelles pour les femmes n’étaient pas nombreuses. » Marie-Eve Sténuit, écrivaine et archéologue.

Si Anne ne cache pas le fait qu’elle était une femme, Mary garde le secret le plus longtemps possible. C’est en réaction aux avances d’Anne qu’elle lui aurait révélé la vérité, et petit à petit tout l’équipage fut mis au courant. Dans son essai, Nicor Norton donne une version des faits selon laquelle le capitaine Calico, jaloux de la proximité des deux femmes, aurait tenté de les prendre par surprise et aurait découvert Mary allongée sur le lit, suffisamment dévêtue pour que son genre lui soit apparent.

Anne et Mary sont restées très proches, et même s’il est difficile de le prouver, plusieurs sources affirment qu’elles ont entretenu une relation amoureuse jusqu’à la fin de leurs vies. Leur place sur le Revenge n’était pas remise en question par les hommes, et elles auraient même été en première ligne des combats.
Lors de leur dernière bataille, alors que les hommes voulaient se rendre et refusaient de se battre, Mary en tua deux et blessa Calico dans une ultime tentative de les inciter à les rejoindre. Les deux femmes furent capturées et condamnées à la pendaison, à laquelle elles échappèrent en clamant être enceintes.
Une fois libérée, Anne rendit visite à Calico avant son exécution pour lui exprimer ses regrets quant à son sort, tout en ajoutant : « Si vous vous étiez battu comme un homme vous n’auriez pas à mourir comme un chien. » Après la mort de Mary due à une fièvre contractée en prison, Anne disparut…

Valentine Laval

Sources
Lesbian Pirates: Anne Bonny and Mary Read (rictornorton.co.uk)
(305) Mary Read et Anne Bonny, pirates des Caraïbes #CulturePrime – YouTube
Britain’s Lesbian Pirates Statue: Why It’s Important To Celebrate Rebel Women Of History (shethepeople.tv)