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Le tatouage : une pratique sociologiquement ancrée ?

Le tatouage est une pratique qui comprend des repères historiques et sociologiques. Il s’agit d’un choix personnel ou collectif, qui s’inscrit dans une revendication sociale et individuelle, comme affirmation et recherche de soi. Zoom sur ce phénomène qui n’est pas aussi moderne que nous le pensons.

 Histoire

Nous connaissons le tatouage comme étant une pratique moderne. C’est un art récent, qui s’est émancipé au milieu des années 80. Pourtant, le tatouage est bien plus ancien que nous ne le pensons. À son apparition, il s’agissait d’une pratique culturelle bien spécifique.

La découverte la plus symbolique remonte à 1991. En Autriche a été découvert Ötzi, le plus vieil humain sur lequel on peut attester de la présence de tatouages. Il daterait de 3 300 avant JC. Par la suite, l’Égypte antique fut considérée comme le berceau du tatouage.

Au XVIIIème siècle, l’explorateur James Cook fait un voyage en Polynésie où il découvre certains locaux couverts de tatouages. Ceci est le point de départ de la « redécouverte » du tatouage comme une culture particulière.

A cette époque, en Occident, le tatouage est considéré comme un symbole de virilité, d’esthétisme et de périple accompli.  Cette signification est portée par les marins et les soldats au XIXe siècle. Le général britannique Earl Robert souhaite effectivement que « chaque officier soit tatoué avec les armoiries de son régiment ».

Il faudra attendre les années 1970 pour que le tatouage se démocratise. C’est aux Etats-Unis que cet art prend un autre tournant. Le tatouage devient alors un phénomène sociologique majeur. En 1974, le tatoueur Don Ed Hardy ouvre le Realistic Tattoo à San Francisco, le premier salon aux États-Unis proposant des tatouages personnalisés et sur rendez-vous.

Pour le sociologue David Le Breton, les années 1980-1990 ont vu émerger un souci de maîtrise du corps : « L’individu ressent le besoin de gestion de son apparence, de contrôle de ses affects. L’individu est devenu le producteur de sa propre identité. Il entend faire de son corps, un porte-parole de l’image qu’il entend donner de lui-même. Le tatouage connaît dès lors une diffusion sociale grandissante. De pratique marginale et stigmatisante, le tatouage devient peu à peu une pratique valorisée».

Un phénomène de société

En France, la principale étude sur le tatouage remonte à 2010. Il s’agit d’une étude commandée par Ouest France à l’Institut Ifop. En 1982, on compte 15 boutiques de tatouage, contre plus de 4000 aujourd’hui. Cette tendance à la démocratisation montre que le tatouage est de moins en moins marginalisé. En effet, en 2010, 10% des français sont tatoués, dont 22% des 18-24 ans. On remarque cependant une certaine disparité selon les milieux sociaux, les ouvriers étant les plus tatoués, avec 19 %, contre 14 % pour les employés et à peine 7 % pour les cadres.

Selon l’étude de l’Institut Harris de 2016, 29 % des américains sont tatoués dont 47% des 18-35 ans. Au Royaume-Uni, un britannique sur cinq porte un tatouage.

« Si le tatouage séduit, c’est aussi parce qu’il répond à l’importance que les sociétés contemporaines accordent à l’apparence »

En plus de ce phénomène de société, le tatouage se diversifie. On constate des différences régionales. Selon la tatoueuse Maud Danielou, dans Le Parisien, au sud, le tatouage touche surtout les jeunes, avec des motifs plutôt décoratifs. Cependant, en Bretagne, il s’agit d’une culture très ancrée. La relation à la mer et la culture ancestrale sont mises en avant.

Bien que le tatouage soit un phénomène qui prend une ampleur de plus en plus importante depuis près de 20 ans, il est difficile de dire s’il est socialement accepté. Il peut continuer de poser des problèmes, notamment dans le cadre du travail.

Au Moyen et Proche-Orient, le tatouage est considéré différemment. Pour les Chrétiens d’Orient, le tatouage joue un rôle davantage religieux qu’esthétique. Cet acte se fait particulièrement lors du pèlerinage à Jérusalem. Cette tradition remonte au Moyen-Age. Les pèlerins se font tatouer dans le but de s’identifier à Jésus par la souffrance physique. Ainsi, ces tatouages représentent souvent la croix de Jérusalem ou encore un Christ ressuscité. Cette marque se fait sur l’avant-bras droit.

Cette pratique du tatouage a donc un rapport à la religion ambivalente. Dans la tradition islamique, elle est interdite et une affaire remontant à 2012 illustre ce propos. En effet, en Arabie-Saoudite, un tatoueur a été arrêté et condamné pour avoir tatoué des femmes dans la clandestinité.

L’évolution des corps

 « Cette passion envers le tatouage s’inscrit dans une ambiance sociale où le corps est perçu comme un élément de la construction de soi. Perçu comme inachevé et imparfait, l’individu s’attelle pour « l’améliorer avec son style particulier » explique David Le Breton, sociologue, professeur à l’Université de Strasbourg et auteur de Signes d’identité. Tatouage, piercing et autres marques corporelles.

Dans son ouvrage L’adieu au corps, David Le Breton, nomme les tatouages comme des « modifications corporelles ».  Celles-ci aident à se singulariser au sein d’une société composée d’une masse.

Le monde contemporain témoigne d’une perte de repères historiques et politiques. Dans ce contexte de désorientation, l’individu trace lui-même ses limites, il se construit ses propres frontières d’identité qui lui permettent de se reconnaître comme sujet. Pour le sociologue, « la souveraineté personnelle » est bornée par la condition sociale et culturelle de l’individu.

Des ruptures générationnelles sont apparues. Chaque acteur est aujourd’hui amené à une construction de sa propre identité. Cette transformation passe par le corps et par des signes esthétiques.

« Nous sommes désormais les artisans de nos existences »

 Le corps devient le lieu de construction de l’affirmation de la liberté. Le tatouage est signe de différentiation. Il peut prendre une forme d’inclusion ou d’exclusion. À travers lui, l’individu interroge le monde et cherche son ancrage. Le Breton précise qu’il n’y a pas de distinction à faire entre le corps et l’esprit. La « modification corporelle » est la représentation d’une construction spirituelle vers laquelle tend le sujet.

« Pour faire pleinement corps à l’existence, on multiplie les signes de son existence de manière visible sur le corps ».

Le tatouage est devenu, avec le piercing, une référence essentielle de la jeunesse contemporaine. Les jeunes grandissent dans l’ambiance intellectuelle d’un corps inachevé et imparfait que l’individu cherche à améliorer avec son style propre.

Le corps transformé, une mémoire personnelle

La fluidité du temps amène à vouloir arrêter la mémoire sur son propre corps pour ne rien oublier. Le tatouage est désormais une manière d’écrire dans la chair des moments clés de l’existence sous une forme ostentatoire ou discrète, dans la mesure où sa signification reste souvent énigmatique aux yeux des autres. Il est mémoire d’un événement fort, d’un franchissement personnel dont l’individu entend garder la trace, faisant du corps une forme de protection symbolique.

Les anecdotes politiques

Le tatouage a longtemps été utilisé comme outil de représentation contestataire. En France, Mai 68 peut en être un exemple, ou des phrases revendicatives anarchistes comme « Ni Dieu, ni maître ». Mais ce phénomène prend aussi une plus grande ampleur, notamment lorsque des personnalités politiques deviennent des motifs de tatouage : Castro, Lénine, Churchill…

Des personnages politiques auraient elles-mêmes des tatouages. Il existe des rumeurs sur Georges W.Bush ou Ronald Reagan. Mais ce qui est certain, c’est que John Fetterman, le maire d’une petite ville de Pennsylvanie porte bien des tatouages. On remarque effectivement le code postal de sa ville sur son bras gauche.

En Angleterre, Théodore Roosevelt a hérité, de sa carrière militaire, d’un tatouage de sa famille. Winston Churchill, grande figure de la Seconde Guerre mondiale, porte une ancre sur son bras droit. Plus étonnant encore, sa mère, Lady Randolph Churchill, aurait eu un tatouage représentant un serpent tenant sa queue dans sa bouche autour de l’un de ses poignets.

D’autres encore n’ont pas hésité à se faire tatouer. Le tsar russe Nicolas II avec une épée sur la poitrine, le dirigeant russe Staline avec une tête de mort sur la poitrine, ou  encore  le président américain Roosevelt avec un écusson familial  .

Vulliet Margaux

David Le Breton Signes d’identité. Tatouage, piercing et autres marques corporelles. (Editions Metaillé, 2008)       

David Le Breton L’adieu au corps (Editions Metaillée, 1999)

« Le Jihadisme des femmes. Pourquoi ont-elles choisi Daech ? »

« Radicalisation : terme récent apparu peu après les attentats du 11 septembre 2001 »

Amphithéâtre de l’Ecole Supérieure de Journalisme, jeudi 23 novembre. Une salle comble. Des étudiants, des retraités… Tous attendent avec impatience la conférence du psychanalyste et chercheur Fethi Benslama.

Il intervient dans le cadre de la conférence « Jihadisme des femmes, pourquoi ont-elles décidé de rejoindre Daech ? ». Intitulé qui fait écho au titre de son dernier ouvrage co-écrit avec Farhad Khosrokhavar*. Ce livre analyse les raisons pour lesquelles des jeunes femmes choisissent de partir faire le djihad: « l’objectif a été de casser toute pensée unique, qui ne voit qu’un seul facteur déterminant le départ de ces jeunes femmes. » Le psychanalyste ne veut pas de «déterminisme univoque». Les deux auteurs se sont appuyés sur 60 cas basés sur une banque de données fourni par le ministère.

Le débat est animé par la journaliste Marie Lemonnier. Plusieurs thèmes sont balayés : les faits pour comprendre les raisons de ces départs, la place de la religion dans notre société, mais aussi le rôle joué par les gouvernements dans cette situation difficile à maitriser.

Afin de se repérer, quelques chiffres sont évoqués :

Les femmes représentent un tiers des effectifs au djihad. Sur les 600 ressortissants français, 200 sont des femmes. A la différence des hommes, ces dernières sont en partie issues de la classe moyenne et de la petite classe moyenne. Le plus souvent, elles vivent dans des habitations pavillonnaires. Enfin, les deux tiers ont entre 15 et 26 ans.

« Penser les caractéristiques » 

Lors de l’échange, tout comme dans son ouvrage, Fethi Benslama cherche à comprendre les motifs qui poussent ces jeunes femmes à rejoindre les rangs de l’organisation terroriste.

Il y voit principalement un « motif romantique ». Un désir d’échapper à un milieu et de commencer une nouvelle vie sur un modèle stable. Daech s’appuie alors sur une « histoire de chevalerie ». Il promet à ses prétendantes de rencontrer « un chevalier de la foi à l’image de l’homme viril et courageux qui affronte la mort ».

Cette raison est importante, mais pas unique. Au-delà des motivations religieuses insufflées par l’Etat Islamique, les jeunes filles veulent fuir leur propre détresse. Souvent victimes de traumatismes, de violences sexuelles ou morales de la part de la famille ou de l’entourage, le désir de fuir ces situations est très présent. Ces adolescentes n’ont pas toujours la possibilité de s’accomplir en tant que femme dans ce contexte difficile. Elles intériorisent ce mal-être et développent une dureté vis-à-vis d’elles-mêmes et des autres femmes. Face au discours des prédicateurs elles se retrouvent face à des corps ennemis. Leur propre corps devient un ennemi. Cette « guerre civile interne » se projette ailleurs. Au combat.

Le rapport à la sexualité est souligné. Parfois victimes de viols ou d’agressions sexuelles, ces jeunes femmes se réfugient dans un ordre strict. Cela les soulage de la culpabilité qui les habite. Un assujettissement comme une délivrance. Défini par Fethi comme une « servitude libératrice ». Par le port du voile et l’exercice de la prière, il est aussi question de repentance.

D’autres motifs de départ « plus difficiles à démêler ».                                                          Tout d’abord un motif humanitaire, qui a été avancé avant l’apparition de Daech afin d’aider les populations réprimées par le régime d’Assad.

Mais aussi un motif social. D’un côté le phénomène de l’adolescence qui n’a, selon l’auteur, pas assez été pris en compte par les Etats. Il prend l’exemple de la Tunisie, qui recense aujourd’hui 4 millions de jeunes chômeurs, non pris en charge. D’un autre côté, on trouve en France un discours féministe qui peut être considéré comme « fort ». Dans ce cas, il est vu comme « hypocrite sur la situation de la femme », « immoral », et demande un « effort trop important en tant que sujet féminin actif dans la société ». On y trouve un « contrat social de l’émancipation ».

 La question de la religion

En plus de ces éléments sociétaux, la question de la religion est centrale.                       Pour Fethi Benslama, le terme religion est un « fourre-tout ». Il en rappelle même l’origine : « la religion est propre au christianisme. Pour l’Islam, ce mot signifie une dette. Le fait que l’homme doit reconnaître qu’il est redevable de sa vie à Dieu. C’est également une organisation sociale rationnelle et non sauvage. Le caractère du sacré est à part. Le sacré est ce qui est intouchable, mauvais et bon et terrifiant voire violent. Pour cette raison, les religions essaient de l’endiguer. Aujourd’hui les institutions religieuses sont mises à mal par le développement de formes de religion qui constituent une nouvelle forme d’autorité ».

Le « désenchantement »

Des questions, des croyances, un départ. Puis la réalité. Sur le terrain c’est « le désenchantement ». Les nouvelles arrivantes sont stockées dans des résidences surveillées dans le but de choisir un homme. Le contact avec celui-ci a souvent été fait en amont sur internet. Lors de ce choix du mari, l’Etat Islamique se substitue. Les jeunes mariées deviennent partisanes d’un « modèle féministe antiféministe ». Les femmes sont recluses voir réduites à de l’esclavage sexuel. Ce qui est le cas pour les femmes syriennes et yazidi.  Le désir de combattre est vite endigué. Les femmes en sont interdites. Les hommes ne seraient plus maîtres.  En devenant « veuve de martyr », elles retrouvent la notion de sacrifice et de dignité si chère à Daech.

La gestion des « revenantes » par la France

Fethi Benslama juge que la France n’a pas assez d’outils d’évaluation. Elle ne met pas en place de processus de réinsertion. Le terme de déradicalisation est qualifié de « mythe » par rapport à un phénomène compliqué et divers. Cependant le chercheur avoue avoir été assez impressionné par les techniques mises en place par le renseignement français, notamment en termes de technologies. Il estime que le plus important, mais aussi le plus difficile à déterminer, est de savoir si l’individu est capable de passer à l’acte.

Une analyse du fonctionnement de notre société

 La question post-coloniale est posée. Les enfants de migrants se sentent concernés à travers les récits de leurs parents arrivés en France dans les années 60. Pour les générations qui suivent, cela peut paraitre plus lointain. Ils se forgent une idée sur laquelle ils n’ont pas forcement eu d’échos.

Les origines de cette guerre nouvelle sont souvent remises en cause. Le cas de l’Afghanistan est avancé. Considéré comme « première école du djihad », armé par l’Occident et qui a ouvert la voie au fondamentalisme. Le Djihad serait « une invention islamo-occidentale » pour reprendre les mots du psychanalyste.

Le terrorisme a mis en place un nouveau type de guerre planétaire qui donne lieu à des revendications identitaires nationales, ce qui renforce un peu plus le terrorisme lui-même.

L’autre grande question est évidemment celle de la sécurité, un « phénomène de menace liquide ». Une situation où le pouvoir n’est plus capable d’encadrer ses citoyens. Dans ce cas la dispersion est fatale.

*Le Jihadisme des femmes. Pourquoi ont-elles choisi Daech ? (Seuil, 2017)

Vulliet Margaux

La notion d’Etat de droit en France, vers une base démocratique ?

Le 19 septembre 2017, le président de la République Monsieur Emmanuel Macron lors de sa première allocution devant l’Assemblée générale, a commis par erreur un énorme lapsus en déclarant « J’ai décidé qu’en novembre prochain nous sortirons de l’Etat de droit », confondant ainsi la notion d’Etat de droit avec celle de l’Etat d’urgence. Il s’indignera de manière humoristique sur le fait qu’aucune indignation n’ait eu lieu dans la salle dans laquelle il se tenait, preuve possible que l’Etat de droit est un concept fondamental et toujours d’actualité pour tous : http://www.lepoint.fr/politique/etat-d-urgence-et-etat-de-droit-le-lapsus-d-emmanuel-macron-20-09-2017-2158484_20.php

L’Etat de droit donne à voir un pouvoir limité car assujetti à des règles. Les gouvernants ne sont pas placés au-dessus des lois mais exercent une fonction régie et encadrée par le droit. Il semble jouer aujourd’hui un rôle particulier en tant que concept fédérateur du discours politique et même juridique qui assume d’une certaine façon les fonctions de pierre angulaire de la démocratie. La mise en place de la démocratie libérale dans les pays d’Europe centrale et orientale dans les années 1990 était basée sur la mise en place de l’Etat de droit. Ce fut d’ailleurs accompagné d’une véritable quête frénétique pour que les Etats concernés puissent se draper au plus vite des apparences de l’Etat de droit. Depuis cette période, on a le sentiment que le succès de la notion implique aussi son revers. En effet, l’idée est simple: la notion d’Etat de droit se banalise et le sens de celle-ci semble quelque peu se diluer. Il faut revenir sur la notion originaire de l’Etat de droit pour comprendre de la meilleure des manières pourquoi Jacques Chevallier considère que le concept d’Etat de droit a gagné en extension ce qu’il a perdu en compréhension.

HISTORIQUEMENT EN FRANCE

En réalité, il s’agissait à terme de faire glisser l’Etat prussien, qui est à la base un Etat de police, vers un Etat de droit. La notion d’Etat de police est caractérisée par le pouvoir discrétionnaire de l’administration. L’Etat de droit soumet son action sur les citoyens à des règles qui déterminent leur droit, en précisant les moyens qu’il est autorisé à utiliser. Les règles précédemment citées limitent « la puissance de l’Etat en la subordonnant à l’ordre juridique qu’elles consacrent » selon Raymond Carré de Malberg. Les philosophes allemands, notamment Robert von Mohl, reprennent les conclusions de Hobbes sur la limitation du pouvoir. Clairement, l’idée est que le pouvoir absolu de l’Etat est au moins tenu de respecter a minima les normes juridiques qu’il a édicté. Le pouvoir de l’Etat n’est absolument pas remis en cause, seulement il s’auto-limite. Apparait alors l’idée d’un droit et d’une hiérarchie des normes provenant de cette auto-limitation qui vont constituer une véritable contrainte pour l’Etat, assurant dès lors un minimum de garanties pour le citoyen. Concrètement cela signifie qu’il ne peut être porté atteinte au droit et aux libertés que par une loi et non par un acte de l’exécutif. D’origine allemande, « Reechstaat », le concept a été regardé avec beaucoup de méfiance puisque cette théorie d’Etat de droit paraissait peu compatible avec la théorie française de l’Etat-Nation et le culte de la loi.
C’est pourquoi il faudra attendre les années 1920 pour qu’en France une réflexion sur la notion d’Etat de droit soit engagée par certains juristes, de grands théoriciens du droit et en particulier Raymond Carré de Malberg, grand juriste positiviste et constitutionnaliste français qui incarnera pour l’époque l’école de Strasbourg. Cette dernière va s’efforcer d’acclimater le concept d’Etat de droit aux spécificités institutionnelles et surtout historiques françaises.
Les juristes vont s’efforcer de rappeler les caractéristiques de leur système, en particulier la toute-puissance de la loi. Définie d’un point de vue formel et non matériel, la loi doit être et seulement être adoptée par le Parlement sans que l’on puisse lui opposer la moindre limite matérielle car on ne peut douter et limiter l’expression de la volonté générale. Finalement la suprématie de la Constitution, selon cette conception française de la loi, n’est qu’apparente puisque le législateur peut faire ce que bon lui semble. Il n’y a en ce sens aucune limite matérielle qui tiendrait au contenu des normes car il parait libre. L’idée implicite est que le législateur ne peut pas « mal faire ». Cette conception de l’Etat dans le système institutionnel de l’époque en France est également le refus du juge administrateur. En fait, c’est la peur d’un juge qui déciderait, par arrêt de règlement, de la méfiance à l’égard du pouvoir juridictionnel. Cette idée d’une loi toute puissante renvoie à la volonté de préserver la liberté et de nier les solutions particulières et ponctuelles initiées par le juge. Malberg caractérisera l’Etat français comme un Etat légal, par opposition à l’Etat de droit, considérant que le législateur sous la IIIème République n’est soumis à aucun principe de limitation.

Cette importation de l’idée d’Etat de droit va permettre d’exprimer une nouvelle problématique de façon innovante en débouchant sur le concept de la hiérarchie des normes.

LA HIERARCHIE DES NORMES

De même que la France à l’époque connait l’Etat légal et non l’Etat de droit, de même qu’elle connait le principe de légalité et non la hiérarchie des normes. Le principe est en effet que l’exécutif doit obéir à la loi mais il n’est pas encore question d’obéir à une certaine hiérarchie des normes complexe, qui ne sera finalement conceptualisée que pendant l’entre-deux-guerres par un célèbre juriste: Hans Kelsen. Il va pousser beaucoup plus loin la notion d’auto-limitation de l’Etat en utilisant la pyramide des normes, composée de superposition. Cette pyramide reposera sur l’idée que la norme inférieure doit être conforme à la norme supérieure, et qu’au sommet des normes juridiques on convient de l’existence de la Constitution qui, elle-même, n’aurait finalement pas de norme supérieure. La théorie kelsenienne constitue une présentation systémique de la théorie de l’autorisation et pose ainsi une difficulté : celle de l’interprétation des normes.
Selon Kelsen, « les juristes ne sont pas là pour discuter les interprétations des juges mais pour les enregistrer ». Il est, en effet, conscient de la limite de son système puisque toute norme peut faire l’objet d’interprétation. Il interdit aux juristes de discuter les interprétations des juges, il propose simplement d’en prendre compte. Cette théorie, même si elle participe à l’idée de limite de la théorie de l’Etat; pêche encore par son excès de formalisme au point que l’Etat nazi pourrait tout à fait être regardé comme un Etat de droit. En effet, les atrocités commises pendant la Seconde guerre mondiale, ainsi que la barbarie nazie, nécessitaient néanmoins de relativiser cette approche trop formaliste des rapports entre l’Etat et le droit, qui semblait se résumer à la conformité d’une règle à celle qui lui était supérieure et qui ne parvenait pas à garantir une limitation du pouvoir susceptible d’éviter les dérives. En effet, même dans les régimes des plus répressifs, les gouvernants suivent des règles constitutionnelles qui donnent une garantie aux citoyens : s’ils obéissent à ces règles, ils n’auront aucune raison d’être poursuivis par l’Etat.

LA PRESERVATION DES LIBERTES

Maurice Hauriou, mais également Raymond Carré de Malberg, vont théoriquement largement contribuer à fabriquer, concevoir et expliquer une autre facette de l’Etat de droit. Une facette qui participe d’une certaine méfiance à l’égard du pouvoir héritée de Montesquieu et qui veut limiter l’Etat pour éviter qu’il n’empiète sur un certain nombre de libertés et droits fondamentaux. Ces libertés venant matériellement limiter le travail du législateur. Il s’agit cette fois de préserver des libertés individuelles qui matériellement ne peuvent plus être ignorées par le législateur. Mais s’impose, de plus,  l’idée que la démocratie trouverait alors son essence dans le contrôle juridictionnel réalisé sur le respect par l’Etat des libertés individuelles opposables par les citoyens au pouvoir. C’est donc un autre pouvoir qui se trouve légitimé dans cette vision matérielle de l’Etat de droit: le pouvoir du juge. Il est perçu comme une garantie indispensable de la fabrique de l’Etat de droit, avec cette question continuelle et pourtant classique qui est : comment contrôler le contrôleur, autrement dit comment se préserver de l’arbitraire du juge?

LIMITER LES POUVOIRS

Il n’existe pas en ce domaine un processus rectiligne ni spontané,. L’Etat de droit se fabrique comme un élément explicatif sur plus d’un siècle d’histoire constitutionnelle française. De la révolution française, on hérite de la première pierre qui rend les choses possibles : la révolution française permet en effet l’instauration de la hiérarchie des normes, entre la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, la Constitution et la loi. La révolution a rendu possible la hiérarchisation et la loi demeure toute puissante. Sans doute vis-à-vis de la méfiance des révolutionnaires à l’égard du juge, ainsi qu’à l’égard de ses arrêts de règlement. Cela peut expliquer leur possibilité de sanctionner le rapport hiérarchique entre la loi et la Constitution.
La IIIème République va laisser se développer l’idée d’un contrôle juridictionnel se réclamant de l’Etat de droit afin de laisser respirer le système, la loi ne pouvant effectivement pas tout faire. Souvent même, la loi ne faisait rien car elle était incapable de tout organiser. C’était le pouvoir exécutif qui prenait les vraies décisions. On peut, par exemple, citer le législateur qui donnait la possibilité d’exercer des décret-lois pour assurer la continuité de l’Etat dans les moments les plus difficiles. Il faut alors penser à limiter le pouvoir de l’exécutif et garantir un certain nombre de droits, garantir l’efficacité de l’action publique au nom du bien public. Se pose donc la question de savoir comment va-t-on indemniser la victime de cette action administrative. Sera développée alors l’idée de mettre en place un contrôle sur l’administration, contrôle qui obéira à des règles particulières et non pas au droit commun puisque l’administration mène des actions pour le bien commun. Le contrôle du juge se trouve toujours plus légitimé car, en effet, l’administration n’est plus libre, elle doit obéir à un droit particulier. Le développement de ce droit se fera notamment avec des arrêts techniques tels que la décision Blanco du Tribunal des Conflits en 1873. Concernant cette décision, on remarquera avec le temps qu’elle était mal fondée.

Se développe à ce moment des écoles fondées sur un principe commun: le respect des décisions de justice. L’acte administratif est conforme à la loi. C’est de l’interprétation de la loi que le juge administratif va être amené à imaginer comment il peut donner des garanties aux fonctionnaires qui sont poursuivis par l’administration. Le droit devient une garantie contre l’arbitraire administratif, le juge doit réaliser la réalité concrète de l’existence d’un contrôle. Ce n’est plus la loi qui garantie la préservation contre l’arbitraire mais le contrôle juridictionnel. Selon Luc Heuschling, l’expression d’Etat de droit est inutile car elle servirait avant tout à rompre avec la tradition de méfiance vis-à-vis du pouvoir des juges.

L’Etat de droit est finalement un modèle théorique. Il ne semble jamais totalement efficient dans la pratique. C’est devenu un thème politique et il est considéré comme la principale caractéristique de tout régime démocratique. Le droit est un instrument privilégié, le principe de légitimité est donc subordonné au respect de la légalité. Cela justifie ainsi le rôle croissant des juridictions dans les pays qui suivent ce modèle de l’Etat de droit.

UNE MONDIALISATION DE CE CONCEPT

Cette notion d’Etat de droit a connu, durant les années 1980, une véritable montée en puissance. Il s’agissait à la base d’une simple notion juridique, mais le voilà mis au centre des débats politiques en ce qui concerne le rôle de l’Etat et le jeu des mécanismes démocratiques. En effet, l’Etat de droit est indissociable de deux grandes idées : la réévaluation de la logique démocratique et la juridicisation des rapports sociaux qu’elle alimente et légitime. La liberté dans les décisions de l‘Etat est donc encadrée de toute part : par l’existence de normes juridiques, le respect des droits fondamentaux et le contrôle par le juge. Le culte du droit aboutit alors à une sacralisation du juge, considéré comme une sorte de rempart contre les abus éventuels des gouvernants.

L’Etat de droit n’était qu’interne au départ. Désormais il figure dans certains textes et documents internationaux ce qui lui donne une portée nouvelle. L’Etat de droit est donc reconnu comme une des valeurs communes du monde occidental. Il s’agissait d’un modèle très attractif. En effet, cela s’est prouvé par le retour à la démocratie des PECO suite à la chute du bloc soviétique. Ces pays d’Europe centrale et orientale se sont ralliés à ce modèle politique basé sur la démocratie et l’Etat de droit.

La notion d’Etat de droit trouve donc son prolongement au niveau international. On peut observer la mise en place du système des Nations-Unies et enfin la consécration, avec la Déclaration universelle des droits de l’Homme, d’une base de droit fondamentaux qui s’impose aux Etats. On observe également la création de la Cour pénale internationale. Ainsi, ne serait-on pas entrain de poser les fondations d’« un Etat de droit international »?

Amrabti Nasséra

Le ressenti d’un étudiant chinois en France.

Selon l’UNESCO, la France a accueilli 25 234 étudiants chinois en 2013, occupant le 8e rang des destinations des étudiants chinois mobiles.Les chiffres du MENESR, indiquent une tendance légèrement à la baisse du nombre des étudiants chinois dans les formations dont il assure la tutelle (30 349 en 2012 contre 29 709 en 2014, soit -2,1 %). Des chiffres toujours en baisse en 2015 avec les résultats obtenus précédemment par l’UNESCO. Une cause majeure de cette baisse est dû aux agressions dont sont victimes les étudiants chinois en France.J’ai donc réalisé une interview avec un étudiant chinois, Xiang Ruan, qui étudie à l’Université de Lille 2. Il est en France depuis 2 ans. 

– Pourquoi êtes-vous venu étudier en France ?

– « Parce que quand j’étais petit, j’avais une très bonne impression de la France. J’aime la littérature française comme Victor Hugo, Albert Camus, Émile Zola. Je trouve que la France est un pays très intéressant, et je voulais découvrir la culture française. Le français est en plus la 4ème langue la plus parlée, donc ce qui est bien pour ma carrière. J’ai donc voulu aller étudier en France. Beaucoup de chinois veulent étudier en France, et qu’en plus en France, étudier ça ne revient pas cher, avec une bonne qualité d’enseignement »

– Tes premières impressions une fois arrivé en France ?

– « Quand je suis sorti de l’aéroport de Lyon, je me suis dit le ciel est trop bleu, et l’air n’est pas pollué. Le premier jour en France, je rencontre un incident qui m’a choqué »

– Quel genre d’incident ?

– « Dans l’après-midi de ce premier jour, j’ai pris le métro à Lyon et dans la rame de métro je vois une fille asiatique qui était sur son iPhone 6, et quand on montait dans le métro, il y a 3-4 personnes qui l’ont poussé, et lui ont volé son portable. Je pensais que la France était un pays très développé, et je me disais c’est pas possible que des gens volent dans la rue ou le métro »

– Est-ce qu’un étudiant chinois arrive à s’adapter en France ?

– « Pas souvent, à cause de la timidité des Chinois par rapport aux Français. On parle pas beaucoup, et on a peu de sujets de discussion en commun avec les Français. Et aussi, beaucoup de Chinois n’ont pas un niveau suffisant en français pour pouvoir communiquer avec les Français. Et puis on a une culture très différente. Donc par exemple, je n’arrive pas à m’adapter à la nourriture française. Mais heureusement qu’il existe le magasin Paris Store à Roubaix qui vend des produits asiatiques »

– Et ton premier contact avec les français ?

– « En fait je suis allé étudier au centre international étudiant français, c’est une école pour enseigner le français aux étrangers. Du coup j’ai connu que des professeurs français au début. Je pense que la majorité sont très gentils, mais on a aussi des distances, on ne peut pas très bien communiquer, c’est un peu triste. Un professeur avait beaucoup de préjugés sur la Chine. Il nous a raconté une fois une histoire pour rire, il a dit : ”quand il travaille dans un pays étranger, les gens du pays lui demandaient est-ce que le mandarin c’est comme le tching tchong,” et il nous a répété la même chose. Nous, étudiants chinois avons été très énervé, et je lui ai dit que c’est un préjugé, et il a répondu c’est pour rire »

– Les choses que tu as aimé en France ?

– « Je trouve que les français sont très polis. Ils disent toujours bonjour et au revoir. Ça ne se passe pas beaucoup en Chine. En France, les paysages sont très beaux. Et j’ai beaucoup adoré les desserts français comme les éclairs au chocolat »

– Est-ce que des choses t’ont posé problème en France ?

– « Beaucoup (rire). Le racisme envers les Asiatiques est fort présent. Des gens pensent que les chinois sont très riches, donc beaucoup de chinois se font voler, cambrioler. Beaucoup d’agressions dans la rue, surtout sur les filles. Parce qu’à mon avis, les filles asiatiques ont l’air plus faibles par rapport aux européennes. Et le grand problème pour les étudiants chinois, c’est entre le propriétaire et nous, étudiants chinois. Sur l’ensemble des étudiants chinois que je connais, la plupart ont eu des problèmes avec leurs propriétaires. Moi par exemple, mon ancien propriétaire n’a pas voulu me rembourser ma caution de 100€ parce qu’il a dit que j’avais fait un trou dans le sol, alors que le trou était déjà présent quand j’étais dans l’appartement. Et le problème est que j’étais naïf quand je suis arrivé en France, je savais pas qu’on pouvait faire un état des lieux avant l’arrivé dans l’appartement, ce que je n’ai pas fait »

– Tu m’as parlé de racisme en France envers les Asiatiques. Est-ce que tu ressens de la discrimination des Français envers toi ?

– « Avec l’expérience que j’ai eue, oui. Des gens me disaient d’arrêter de manger du chien dans la rue. Parfois, des gens voulaient me faire peur dans la rue pour rire. Beaucoup de gens me l’ont fait »

– Penses-tu rester en France après tes études ?

– « Oui. Même si y’a des inconvénients, moi je trouve que la France c’est un pays qui nous apporte beaucoup de connaissances. Puis en Chine, nous avons une culture qui nous oblige de réussir chaque chose qu’on entreprend, sans subir d’échecs. En France, on a plus d’opportunités »

 

Kerrouche Mehdi

Économie réelle VS économie irréelle : où va-t-on ?

Si la post-vérité est sur le point de triompher, si les faits alternatifs supplantent l’évidence, si les sondages se trompent, et si l’économie semble être de plus en plus abstrait, c’est peut-être, tout simplement, parce que la relation de la société avec le réel a changé. Un des cas les plus démonstratifs est celui de l’économie et de l’argent qui tend à se dématérialiser, supprimant ainsi le rapport direct avec la monnaie qui est pourtant essentiel.
En soi, il s’agit de la simple continuité du combat entre le matérialisme et l’immatériel dont chaque société doit se confronter. De nos jours, cela se retrouve accéléré de manière exponentielle avec le numérique et le progrès technologique. Pour le meilleur ou pour le pire.

« Science sans conscience n’est que ruine de l’Homme » Rabelais.

Et le pire va peut-être arriver plus vite que prévu. Il est même peut être en train d’arriver. L’argent liquide, dans quelques années, ne sera plus. C’est la volonté de certains États et de la finance.  Pour certains, cela va permettre de sécuriser les interactions entre acteurs économique. Pour d’autres, cela signe la fin du rapport entre l’économie et la chose politique, au profit d’un contrôle sans partage de l’économie par les banques.

Une-Eco-et-entreprise
Dossier  » vers la fin de l’argent liquide » publié par le monde le 25 avril 2016

Cette question fait son chemin dans les hautes sphères de la finance. Mais pourquoi une telle mesure? Et surtout pourquoi ce sujet est-il si peut discuté dans le débat public.
Depuis des décennies notre argent n’a eu de cesse de se transformer, de bouger, modifiant ainsi notre économie, et notre rapport à l’argent. Nous sommes passé d’une économie réel à une économie en partie irréelle.

  • L’économie réelle est l’activité économique concrète que produit un acteur économique (citoyen, entreprise etc), produisant et consommant réellement des biens et des services. L’économie réelle peut se visualiser dans la vie de tous les jours. C’est une économie palpable où l’argent circule entre les différents acteurs économiques.
  • L’économie irréelle quant à elle, est une économie qui va plus se baser sur la notion de l’usure. C’est la dématérialisation de l’économie.

Cependant, à l’heure où les monnaies virtuelles semblent avoir la cote, nous pouvons nous dire que cela est plutôt une bonne mesure qui peut permettre plus de sécurité et mettre à bas les différentes complications et exigences que la monnaie engendre. D’ailleurs, nous pouvons constater que la monnaie virtuelle se développe déjà par le biais du Bitcoins, Ripple  et autres monnaies.
Cependant, nous n’avons pas le recul nécessaire pour analyser l’impact futur de ces monnaies qui mettent à mal nos systèmes d’échanges traditionnels. Et comme une évolution en entraîne une autre, pour le meilleur ou pour le pire, les États, et surtout les banques, souhaitent supprimer totalement la monnaie réelle pour entrer dans une économie entièrement basée sur de la monnaie virtuelle qui serait théoriquement émise par les banques centrales. Celles-ci mettent en avant la sécurité que cela permettrait : plus de braquages, plus de vols, l’État pourrait actionner des taux négatifs pour relancer l’économie et cela ferait également beaucoup d’économie de ne plus battre monnaie. Cependant, plusieurs questions se posent. Tout d’abord, une question de liberté d’achat et d’action qui ne serait plus présente avec de l’argent numérique, qui est automatiquement tracée. Ensuite vient la question du tout numérique, à l’heure où des problèmes éthiques en matière de préservation de nos données personnelles se posent. De plus, une économie virtuelle engendre souvent une économie de dette. En effet, une économie irréelle est par essence spéculative, basée sur l’usure. Une économie déconnectée de la réalité favorisant l’écart de richesse et les vagues déflationnistes, du fait de l’excédent de monnaie créé et de la perte de valeur de cette dernière.

La question de l’économie réelle ou irréelle repose donc sur un véritable débat et enjeu de société : voulons-nous une économie qui serait encore plus contrôlée par les banques, centralisée par la Banque Mondiale, mais qui, en même temps, permettrait de résoudre de nombreux problèmes de vols et de braquages ? La crise de 2008, qui était d’abord privée car elle concernait les banques puis qui s’est ensuite transformée en crise publique pour sauver ces dernières, n’est qu’un triste et minime exemple de la spéculation et d’une économie basée sur la dette. Un triste exemple, bien plus complexe bien sûr, mais qui interroge sur un tel système économique.
Mais évolution oblige, l’argent irréel semble devoir remplacer l’agent réel, gage de souveraineté.

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D’où vient la monnaie ?

Par qui la monnaie, cœur de nos sociétés et de nos économies, est-elle créée ?
Bien avant nos banques et nos institutions, les sociétés passées ont dû inventer l’instrument monétaire pour faciliter les échanges marchands. Le troc fut pendant longtemps le moyen permettant les échanges, avant de se faire remplacer par « la monnaie de marchandise ». Cette monnaie marchande était au début du bétail, des denrées alimentaires ou des céréales. Par la suite, les métaux plus ou moins rares firent leurs apparitions jusqu’à la monnaie de crédit (monnaie fiduciaire).

Avançons donc jusqu’à l’apparition de la monnaie en métaux précieux, qui permet de comprendre l’importance de battre monnaie et d’un contrôle de la monnaie par une autorité X. Colbert, un des principaux ministres de Louis XIV au XVII siècle, comprend l’importance des métaux lourds dans l’économie d’un monde en plein décloisonnement. Il met en place une politique économique interventionniste nommée le « Colbertisme » et il développe également des principes comme le bullionisme. Cette politique économique est une des causes de la guerre de Hollande.

L’apparition de monnaie papier date du XVI siècle, par le biais de négociants de Londres et de Stockholm qui transportaient les marchandises aux quatre coins du monde. Les transactions se réglaient en or ou en argent. Il était cependant risqué de posséder ces métaux précieux car les océans étaient peuplés par la république des Pirates. Alors les marchands commencèrent à confier leurs métaux précieux aux orfèvres. En échange, ceux-ci donnaient un reçu, une sorte de certificat de dépôt nominatif permettant à son propriétaire de récupérer l’argent quand il le souhaitait. Les boutiques des orfèvres devinrent alors des coffres-forts bien gardés et les dépôts nominatifs des certificats de dettes donnèrent naissance aux échanges par certificat et donc à la monnaie papier.
Cela engendra la naissance des banques. Les orfèvres eurent l’idée de prêter les métaux précieux gardés dans leur coffre à d’autres marchands, par le biais de certificats papiers. Quand les marchands remboursaient leur dette, ils rendaient les certificats et versaient un intérêt aux orfèvres en métal précieux. Les orfèvres imprimèrent alors bien plus de certificats qu’il n’y avait de métaux précieux disponibles dans leurs coffres (multiplication des intérêts). Cependant, à cette époque, l’État était maître de sa propre monnaie malgré les spéculations des orfèvres. L’État émettait la monnaie, et le cours légal de la monnaie était inscrit dans la loi.
Ce n’est qu’au XVII siècle, en Grande-Bretagne, que le pouvoir de création monétaire a été progressivement conquis par de riches financiers. En Angleterre et aux États-Unis, ces familles de financiers ont tenté maintes fois de remplacer la création monétaire des États. Le principe est simple : la monnaie de l’État est émise au regard d’une dette et cette dette permet au créancier de toucher des intérêts. Le but est donc de se substituer à la création monétaire publique.

Aujourd’hui, l’État renonce à battre monnaie car il a fini par emprunter à une banque dite centrale. Il doit emprunter en permanence pour rembourser les emprunts en cours ou bien augmenter les impôts pour capter la monnaie en circulation. L’Etat, en renonçant à son droit de battre monnaie, a perdu le contrôle de l’économie de son pays et donc de sa souveraineté. L’économie irréelle est une forme d’attaque de la finance sur la propre souveraineté économique des Etats. Par la naissance des banques centrales privées, la dette des Etats a globalement augmenté. Rothschild fut le premier à obtenir le privilège de battre monnaie de l’Etat anglais, puis il a ensuite été suivi par le reste du monde.

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On distingue trois principaux types de monnaie :

  • Monnaie marchande : Une monnaie de marchandise est une marchandise employée comme source de monnaie. Elle a la valeur de sa réalité physique, d’usage. Par exemple, un sac de pommes de terre à une valeur d’usage alors que l’or ou l’argent ont une valeur liée à la rareté.
  • Monnaie de crédit : C’est une reconnaissance de dette employée pour compenser des échanges.
  • Monnaie fiduciaire : Contrairement à la monnaie marchande, la monnaie fiduciaire est une monnaie qui n’a pas de valeur intrinsèque. Par exemple, une pièce de monnaie dont la valeur du métal est bien inférieure à son pouvoir d’achat. Le terme fiduciaire vient du latin « fiducia » qui veut dire  » confiance ». C’est souvent la loi qui désigne cette monnaie comme moyen de paiement et toute personne est obligée de l’accepter comme moyen de paiement. En gros, les monnaies d’État comme l’euro, le dollar ou le rouble sont fiduciaires.

De la nécessité de la monnaie

  • La monnaie centrale est la monnaie de l’Etat, créée par la Banque Centrale au nom du peuple.
  • La monnaie secondaire est créée par des banques privées lorsqu’elles octroient des crédits.

Il faut avoir à l’esprit que la monnaie secondaire (unités de compte / monnaie de crédit / monnaie de banque) représente 90% à 95% de la masse monétaire en circulation. L’essentielle de notre monnaie est donc virtuelle et gérée par des groupes privés dont le but est de faire du profit, comme toute entreprise privée, au contraire des entreprises publiques.
Les banques privées, dites commerciales, ont cependant besoin de la monnaie centrale pour la donner à leurs clients car elles n’ont pas le droit de la fabriquer par elles-mêmes. Pour emprunter à la Banque Centrale, elles y déposent des actifs financiers admissibles comme des obligations d’Etat ou divers titres de créance que la Banque Centrale monétise. La monétisation est le processus de création d’unités de compte en échange actif qu’est généralement une créance. La monétisation est le privilège des banques. Cela permet alors de créer alors une économie où la quasi-totalité de la monnaie en circulation est une monnaie de crédit créée par les banques commerciales privées. Cette déviance de l’économie libérale engendre de terribles catastrophes : s’il n’y a pas assez de crédits accordés par les banques (donc de création monétaire secondaire) au regard de la monnaie détruite lors du remboursement des crédits, alors la monnaie tend à disparaître et une grave crise économique peut apparaître.
Dans ce système, l’Etat est dépendant de la fameuse croissance car il a cédé le droit régalien de battre monnaie à des institutions privées. Les banques privées créent de l’activité économique et garantissent alors une demande de crédit perpétuelle qui permet de compenser la destruction monétaire. L’Etat prélève alors l’impôt sur l’ensemble des échanges dans la monnaie en circulation. Or un crédit est un pari sur des revenus futures…Ce système en boucle fermée assure aux banques une rente perpétuelle formée par les intérêts qu’elles perçoivent. L’ensemble des Nations est obligé de vivre dans un régime de croissance, sans quoi la demande de crédit baisse et l’économie se retrouve en panne, avec les conséquences sociales que l’on connaît. C’est ce qui se passe depuis 2008, quand la crise financière a provoqué une baisse des crédits, induisant ainsi une baisse de la progression de la masse monétaire qui a engendré une crise économique, crise qui a rendu de nombreuses personnes insolvables. Selon l’économiste Mauris Allais, prix Nobel de l’économie en 1998, il était impossible de laisser les banques faire faillite car nos moyens de paiement auraient alors disparus, laissant les pouvoirs publics face au chaos social. Les Etats étaient les seuls à pouvoir être en mesure de venir en aide aux banques. Les nationaliser aurait été une solution vertueuse, permettant de mettre de l’ordre dans leurs pratiques. Mais malheureusement, le lobbying du secteur bancaire a écarté cette possibilité, retournant alors cette dette privée en dette publique. Les Etats se ont eux-mêmes endettés pour sauver les banques, en faisant un assouplissement quantitatif (les Banques Centrales monétisent un tas d’actifs détenus par les banques pour augmenter leurs liquidités et relancer le crédit).

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Bienvenue dans le monde magique de la civilisation du crédit, où la politique n’a pratiquement plus aucun pouvoir ni aucun rôle dans l’économie.

« Donnez-moi le droit d’émettre et de contrôler l’argent d’une Nation, et alors peu m’importe qui fait ses lois » Mayer Amschel Rothschild.

Monnaie, monnaie, monnaie.

En janviers 2016, nos monnaies ont généré en moyenne 4 840 milliards de dollars de transactions par jour. Soit deux fois le PIB de la France pour la seule année de 2015. Et oui, la spéculation, ça rapporte. Battre monnaie est un enjeu de pouvoir. Et ce pouvoir, aujourd’hui, se retrouve dans les mains des Banques Centrales comme la banque de France, qui créent la monnaie souveraine. A côté, les banques privées comme BNP Paribas, créent la monnaie secondaire (comme nous l’avons vu précédemment), qui représente 90% des liquidités en circulation.

Mais comment cela se traduit-il dans la réalité ? Concrètement, pour un dépôt de 100 euros sur un compte, votre banque peut créer un crédit de 80 euros pour un autre client. Et comme ces 80 euros tout frais arrivent sur un autre compte, la banque peut faire un nouveau prêt de 60 euros et ainsi de suite. Grâce à ce système, les banques peuvent générer plus de 200 euros de liquidités avec seulement un dépôt de 100 euros. Notre argent réel, celui qui se trouve au fond de nos poches et de nos sacs n’est qu’en réalité une marée de dettes.

marchés boursiers, ces liquidités deviennent des objets de spéculations. L’exemple le plus emblématique est celui de George Soros, 19ème fortune mondiale. Le 16 septembre 1992, il parie sur une baisse de la livre sterling et en emprunte 6.5 milliards, pour ensuite les échanger contre des marks et des francs beaucoup plus stables. Rapidement, d’autres spéculateurs lui emboitent le pas. Résultat, le lendemain, la Grande-Bretagne se retrouve face à cette attaque et concède 15% de dévaluation. George Soros empoche alors 1.5 milliard de dollars, un coup qui coûte 3.4 milliards de livres au trésor britannique et qui entraine, dans la foulée, une dévaluation des autres monnaies européennes. Nous avons donc un bel exemple de perversion du libéralisme et de l’écart des richesses qui ruine les peuples. Et également un bel exemple de mœurs égoïstes et avides.

On nous dit souvent que les crises sont des événements rares. Cependant, avec 96 crises bancaires et 176 crises monétaires depuis 1970, cela est-il vraiment un caractère imprévisible ou une caractéristique du système libérale capitaliste… ?

également un pouvoir permettant d’assoir les politiques souhaitées par les grands groupes. De plus, les dettes sont souvent des armes impérialistes qu’utilisent les Etats-Unis dans les pays émergeants. L’esclavage moderne se retrouve dans l’esclavage monétaire.

vages d’une économie financière, spéculative, basée sur une société de dette montrent ses conséquences, les politiques et les différentes banques privées souhaitent détruire l’argent réel pour généraliser et arriver à 100 % de l’économie irréelle et spéculative. Une telle chose rendrait alors toutes alternatives d’échanges et de monnaies impossibles. Et donc le bien commun obsolète.

Une chose est sûr, la fin de la monnaie sera un sujet dont en entendra parler dans les prochaines campagnes politiques.

 

« En économie comme dans la nature, la diversité des monnaies est peut-être le secret de l’équilibre. »

Sources :

http://www.capital.fr/economie-politique/comment-fonctionne-la-creation-monetaire-847130

http://www.reuters.com/article/markets-forex-volumes/daily-fx-volumes-hit-5-3-tln-in-jan-after-snb-removes-franc-cap-idUSL5N0VS3PD2015021

https://fr.scribd.com/document/79475280/2012-01-25-1804-USBEK-RICA#fullscreen:on

http://www.telegraph.co.uk/finance/2773265/Billionaire-who-broke-the-Bank-of-England.html

https://www.theguardian.com/money/2011/sep/23/local-currencies-german-chiemgauer

« Monnaie et souveraineté » par Gabriel Rabhi

Teychon Baptiste

L’affaire Weinstein : le harcèlement au cœur de notre société ou le cas Weinstein au cœur de notre société ?

Enfin, cela éclate : un des grands pontifes du cinéma Hollywoodien se retrouve sous le feu d’une gigantesque affaire sexuelle trouvant un important écho dans la presse internationale, créant un débat médiatique et public au sein de la société.

Rappelons les faits rapidement :

Tout commence jeudi 5 octobre, par un très bon article paru dans le New York Times . Dans cette enquête, deux actrices, Ashley Judd et Rose McGowan, racontent avoir été victimes d’agressions ou de harcèlement sexuel de la part de Harvey Weinsteinn.

Celui-ci a rapidement présenté ses excuses tout en essayant de se justifier en déclarant :

« J’ai grandi dans les années 60 et 70, quand toutes les règles sur le comportement et les lieux de travail étaient différents. C’était la culture à l’époque ».

Très vite après la révélation de cette affaire, il a décidé de se mettre en congés de la Weinstein Company, l’entreprise qu’il a fondée avec son frère, afin, a-t-il affirmé de «maîtriser ses démons». Soucieux de ne pas cautionner ces actes, le conseil d’administration de sa maison de production a très vite licencié le producteur. Soucieux ou pressé de se débarrasser d’une affaire trop importante et de se désolidariser au plus vite pour ne pas être éclaboussé à son tour ?

On pourrait donc se dire, à juste titre, que cette affaire va permettre de libérer la parole et de provoquer un changement de mœurs radical. Que c’est une énorme bombe qui vient d’exploser. Cependant, on a de quoi vite déchanter si on analyse les différentes affaires de harcèlement sexuel qui ont eu lieu ces dernières années dans la sphère médiatique comme dans la vie de tous les jours.

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Le harcèlement sexuel traité par la singularité des affaires.

L’affaire Weinstein vient donc grossir le triste rang des affaires d’agressions sexuelles dans le monde des « glorieux ».

  • Le 10 mars 1977 Roman Polanski, alors âgé de 43 ans et réalisateur mondialement reconnu, a une relation avec une mineure de 13 ans nommée Samantha Geimer en marge d’une séance photo. Le procès débute le 15 avril de la même année, et au fur et à mesure de l’avancée de l’enquête et du procès, Polanski est reconnu coupable de harcèlement et de viol. Cependant, pour échapper à la peine maximum, Roman Polanski s’exile des Etats-Unis. Cette affaire, qui parle d’un sujet extrêmement grave et qui gangrène notre société, n’a pas empêché Polanski de recevoir plusieurs prix et éloges par la suite durant sa longue carrière.
  • En 1992, une autre affaire s’empare du monde du cinéma : Woody Allen est accusé de viol sur sa fille adoptive, avec qui il entame une relation de couple par la suite.
  • L’une des dernière affaire en date dans le milieu des « glorieux », jeudi 19 octobre 2017, l’AFP annonce que Gilbert Rozone est accusé de viol par neuf femmes.

Ces trois affaires révèlent la perversion qui règne dans le milieu des « glorieux », que ce soit dans le monde du cinéma, du showbiz, de la politique…. Cependant, pour les deux premières affaires, la personnification du sujet a sans doute empêché le débat d’aller plus loin et de vraiment aboutir sur un constat global de la société. D’autant plus que les deux affaires de Polanski et Woody Allen n’ont abouti à rien, ouvrant même sur un mouvement important de solidarité envers les deux cinéastes, laissant alors un sentiment d’absence de justice révélant une certaine complaisance à l’égard des « glorieux ».

Dans l’affaire Weinstein, la première défense est très intéressante et révélatrice du malaise sociétal :

« J’ai grandi dans les années 60 et 70, quand toutes les règles sur le comportement et les lieux de travail étaient différentes. C’était la culture à l’époque. »

 On peut raisonnablement se poser la question du rayonnement futur et de la pertinence des affects que déclenchent nos raisonnements sur cette affaire. La question, ou plutôt le débat public ne doit pas se focaliser sur l’affaire en elle-même si on veut réellement aborder le problème et essayer de le combattre, car l’emploi de la notion de culture démontre bien que la personnification du problème conduit à réduire le débat. L’enjeu est donc de placer l’affaire Weinstein comme exemple de harcèlement au sein de notre société et non de placer l’affaire Weinstein au cœur des débats de notre société.

Il ne fait cependant aucun doute de la responsabilité des individus qui, comme Weinstein, agressent ou harcèlent sexuellement une autre personne. Cependant le but de cet article n’est pas de commenter l’affaire mais de pousser à débattre réellement sur le fond du problème.

Bien évidemment, le débat public doit partir du constat que cette affaire montre, comme les autres avant, la perversion de certains milieux et le rapport de domination homme-femme. Cependant, la personnification du sujet au détriment du problème relèverait à mettre sur la chaise électrique les coupables en espérant que le problème disparaisse avec eux. Or, la chaise électrique n’a jamais permis d’arrêter les crimes dans la société, et le harcèlement sexuel est un problème qui touche la société entière.

En effet, en grande majorité, chacun d’entre nous a un jour imaginé que de tels scandales existaient dans ces milieux, faisant alors devenir ce sujet inhérent à la société. Mais, par une certaine perversion de notre société, le milieu du cinéma, et il n’est pas le seul, n’a de cesse de nourrir cet imaginaire en véhiculant des images de drogues, d’argent, de sexe qui circulent dans ce microcosme et qui finissent donc par envahir l’imaginaire populaire.

De plus, comme vu plus haut, des affaires comme celles de Polanski et de Woody Allen ont également amené le débat quelques années avant mais ne le faisant que peu avancer, pour les plus optimistes. Et c’est en cela qu’on peut dire que le débat tourne en rond, car il se focalise uniquement sur des personnes et non sur un débat de masse visant la société elle-même.

Il serait donc facile et cynique de dire que dans ces milieux, ce genre d’affaire et de scandale est un habitus, révélant ainsi une acception cynique de notre mode de fonctionnement sociétal. Au-delà du cas personnel de l’affaire Weinstein qui est largement traité dans les médias, il faut essayer de lier et de montrer la corrélation qui existe entre cette affaire, qui cible un individu, et la relation avec notre société entière et nos mœurs.

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 Le manichéisme dans le débat public.

On assiste donc dans le débat médiatique et public, en grande partie, à une argumentation classique dans cette affaire Weinstein qui vise à orienter le débat entre deux positions : ceux qui condamnent Weinstein contre ceux qui le défendent, traitant alors le sujet par rapport à un cas et non par rapport à un problème qui touche une large partie de la population. Reprenant alors les mêmes codes que les précédentes affaires sans pour autant avancer sur la question.

C’est de là que commence mon constat qui vise à dire que la personnification d’un sujet sociétal n’apporte rien à l’avancée du débat si celui-ci n’arrive pas à s’extirper du piège de la focalisation de l’affaire médiatique pour se concentrer sur les problèmes relevés : la banalisation du harcèlement, la perversion de la domination de l’homme sur la femme, l’imaginaire sexuel comme clé de réussite. Il faut ajouter, en plus de cette personnification du sujet, le problème de l’égocentrisme atlantique qui ne regarde ce débat qu’à partir de sa position.

Ce point, celui de l’imaginaire sexuel comme clé de réussite, est très important car il n’est que le reflet de notre société et de nos propres mœurs d’une certaine façon. Ne nous cachons pas derrière de fausses postures. La société joue un rôle essentiel sur le rapport au sexe et sur l’imaginaire qui en découle pour le meilleur et pour le pire, ce qui dépend du point de vue de chacun.  Dernièrement, la parution du livre pour enfant de Michel Cymès nommé « Zizi-Zézette » fait scandale et illustre que le question de la sexualité et des corps est un débat qui cloisonne notre société.

 Mais le constat est là : l’art, la publicité, ainsi que nos interactions personnelles tournent en grande partie autour de ce sujet. Prenons des exemples communs, ancrés dans la vie de tous les jours. Nos smartphones qui, à la façon de Tarkovski, sont les outils et les miroirs de cette réalité, servent à nous montrer, à nous mettre en scène. Pour être plus clair, à travers notre image nous parlons de nous et de qui nous sommes. Et au travers de nous, c’est la société dans son ensemble qui s’exprime. Tinder, Instagram, Snapchat, autant de petites applications qui traduisent nos comportements au sein de la société et nos rapports aux autres, comportements qui sont multiples, contribuant à former la société actuelle. C’est alors qu’une forme de banalisation sinueuse s’installe autour du sujet des corps et du sexe et cela n’a, d’une certaine façon, sans doute jamais été aussi popularisé et plébiscité.

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Pub Yves Saint Laurent 2017 qui a suscitée de nombreuses contestations. « Le luxe, ce n’est pas le contraire de la pauvreté mais celui de la vulgarité. » Coco Chanel

 

Le sujet n’est pas de donner un jugement de valeur sur nos interactions, loin de là. Mais il est de questionner notre rapport face à la banalisation de ce genre d’affaire ainsi que nos comportements au sein de la société. La question doit se poser réellement à l’heure où les discours envers les victimes de harcèlements et de viols se font de plus en plus brutaux.

« Si elle se fait violer ce sera de sa faute, elle attise avec ce genre de tenue ».

« Faut pas faire semblant d’être étonné, on le sait très bien que le harcèlement est présent dans la vie de tous les jours, c’est une sorte d’ascenseur social et les filles le savent très bien. »

Vous l’aurez compris, le problème relève plus d’une perversion sociétale que d’un problème de personne. Sartre avait une très belle phrase pour décrire cela :  » l’enfer ce n’est pas moi, c’est les autres ».

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 Ce que peut apporter l’affaire Weinstein.

Cependant, cette affaire peut être très bénéfique. Elle permet déjà de libérer la parole des victimes, parole qui doit s’exprimer plus que tout, et de créer par effet domino, peut-être, un effet de tourbillon qui ferait apparaitre d’autres affaires. De plus, l’affaire a permis la mise en place d’un hashtag #balancetonporc, qui a l’intelligence de ne pas personnifier le sujet et les différents propos pour permettre une appropriation plus large et donc un champ de débat plus important. Il est nécessaire que des affaires telles que celles-ci prennent une importance médiatique pour pouvoir s’inscrire plus profondément dans le débat public, à l’heure où des lois contre le harcèlement sexuel voient le jour. L’affaire Weinstein, dans ce climat-là, pourrait donc apporter grandement au débat sur la domination patriarcale, sur la domination passive et agressive exercée sur les femmes ainsi que sur le harcèlement sexuel passif et actif. Cependant, le piège est donc de tomber sur l’orientation du débat en le cristallisant sur une personne ou un groupe défini de personne, ayant alors comme contre-effet de cloisonner le débat public seulement autour de l’affaire et non autour du problème en lui-même qui est souvent sinueux. Cela est un enjeu nécessaire et important pour faire avancer le débat public autour de cette question, d’autant plus que l’affaire Weinstein n’est surement pas une affaire isolée dans notre société.

Si nous voulons transformer les mœurs et notre société, il ne faut pas avoir peur de se cibler soi-même pour se remettre en question. Et alors l’utopie, jadis mère de tous nos chagrins, se retrouvera chemin de nos festins.

Pour aller plus loin : http://www.madmoizelle.com/selfie-harcelement-de-rue-838403

 

Teychon Baptiste

L’immigration en France depuis 1918.

L’immigration durant les deux Guerres Mondiales et la décolonisation (1918 à 1962)

Avant la fin de la Première Guerre mondiale, les immigrés sont originaires des pays limitrophes de la France. Mais à la fin de cette guerre, la France fait appel à la main d’œuvre étrangère, provenant souvent des colonies. Ainsi, le ministère de l’Armement recrute des Nord-Africains, des Indochinois. Une carte de séjour sera instituée en 1917. Durant l’Entre-deux-guerres, nous constatons qu’une immigration provient de pays subissant une crise économique et politique. C’est l’exemple de l’Italie ayant à sa tête un dictateur, Mussolini. Mais aussi le cas de l’Espagne, ou encore des Arméniens fuyant le génocide. La plupart des immigrés sont donc des réfugiés politiques. Ces flux migratoires se sont intensifiés après la crise de 1929 selon un article d’Alternatives économiques. En effet, en 1921, les immigrés sont environ 1.4 million. Dix ans plus tard, ils sont 2.7 millions, soit 7% de la population française. Ainsi, si on rapporte le nombre d’immigrés à la population totale, la France est devenue le premier pays d’immigration du monde. Débute la Seconde Guerre mondiale en 1939, durant cette terrible guerre, de nombreux étrangers quittent la France, environ 300.000 individus. Mais après la Seconde Guerre mondiale, l’immigration en provenance du Portugal, du Maghreb ainsi que de l’Afrique noire s’intensifie. L’immigration maghrébine va connaître une forte croissance durant les années 1960, jusqu’à représenter 25% de l’immigration en France en 1975. Une immigration qui est due aux décolonisations. Par exemple, à la suite de l’indépendance de l’Algérie en 1962, de milliers de pieds noirs et d’harkis vont quitter l’Algérie pour rejoindre la France. D’ailleurs, à la fin du film Ce que le jour doit à la nuit d’Alexandre Arcady adapté du roman éponyme de Yasmina Khadra, nous voyons un bateau quittant l’Algérie pour rejoindre la ville de Marseille. Même chose après la défaite française à Dien Bien Phû en 1954, donnant l’indépendance au Vietnam communiste. De milliers de Vietnamiens ayant soutenu la France vont quitter l’Indochine pour rejoindre la Métropole. Durant les deux Guerres mondiales, l’entre deux-guerres, ainsi que les décolonisations, la grande majorité des immigrés viennent en France afin de quitter des pays connaissant des problèmes économiques et politiques. Durant les Trente Glorieuses, un autre type d’immigration se met en place. Il s’agit d’une immigration qui servira à la main d’œuvre en France.

L’immigration durant les Trente Glorieuses (1946 à 1975)

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Un immigré travaillant dans une usine Renault.

L’immigration durant les Trente Glorieuses, nommée également l’immigration de masse, est celle qui doit reconstruire la France après les dégâts causés par la Seconde Guerre mondiale. Le 2 novembre 1945, le gouvernement français crée l’Office National d’immigration qui a pour but de recruter des travailleurs immigrés et d’organiser le regroupement des familles. Une immigration qui est voulue par le gouvernement. Cette immigration provient souvent d’Afrique, mais aussi d’Italie, d’Espagne ou du Portugal. Cette immigration va s’accélérer à la fois avec la décolonisation, mais aussi le principe de libre circulation instaurée par le Traité de Rome au 1er janvier 1958. Suite à une forte arrivée de migrants en France, les bidonvilles seront petit à petit détruits, et à la place, la construction des Grands Ensembles se met en place. Cette construction est visible au début du film Le Chat avec pour acteur principal Jean Gabin qui se balade dans les ruelles de la banlieue parisienne, passant devant des immigrés construisant des appartements. En effet, cette immigration a pour but de construire les routes, les immeubles, ou même de pouvoir effectuer le travail à la chaîne dans les usines, souvent délaissé par les Français. Dans une vidéo de l’Ina (Institut national de l’audiovisuel), certains entrepreneurs expliquent que ces immigrés ont du courage, la force pour pouvoir effectuer ce travail dur. Mais suite aux chocs pétroliers de 1973 et 1979, ainsi que la montée du racisme dans les années 1980, rendent d’un point de vue politique, l’immigration en France plus difficile. L’immigration durant les Trente Glorieuses ou l’immigration de masse a servi à la reconstruction de la France, donnant ainsi aux immigrés les travaux les plus compliqués, et les moins demandés par la population française. Néanmoins, débute la mondialisation, et de nouvelles formes d’immigrations émergent.

L’immigration durant la mondialisation (dès les années 1980)

D’après un article de RFI, publié le 21 juin 2000, la mondialisation favorise les migrations. En effet, il est dit dans l’article qu’en 1965, on comptait, dans le monde, 75 millions de migrants. Ils sont, en 2000, plus de 120 millions. Une augmentation visible notamment en France. Les facteurs de la mondialisation poussant à favoriser les flux migratoires sont multiples. Dans un article de Grotius International, publié le 28 décembre 2009, la sociologue française, Catherine Wihtol de Wenden, exprime six facteurs favorisant ces flux. Dans ces six facteurs, elle évoque le développement de migrations pendulaires d’allers-retours d’Est en Ouest de l’Europe, liées à la chute du mur de Berlin. Mais aussi la généralisation progressive des passeports qui est un facteur, entraînant une généralisation du droit de sortie. Enfin, l’un des six facteurs est que les migrants ont l’envie de réaliser leurs rêves en Occident, dont en France. Par exemple les étudiants africains qui viennent en France étudier, c’est la fuite des cerveaux. Néanmoins, une explosion de la demande d’asile est visible. Aujourd’hui, ce sont les habitants du Moyen-Orient mais aussi d’Afrique de l’Est qui font cette demande, suite à la menace de Daech. Dans un article de 20 minutes, publié le 4 mars 2016, on estime plus de 70.570 demandes d’asile en France. Depuis les années 2000, nous remarquons deux types d’immigrations. Une, qui est choisie, et une autre qui est subie. Des lois se mettent en place pour la maîtrise de l’immigration et de l’intégration. Ainsi, les lois de 2003 et 2006, sont initiées en vue de favoriser l’immigration choisie, c’est-à-dire l’immigration de travailleurs hautement qualifiés, à l’exclusion autant qu’il est possible des autres formes de migrations.

 

Kerrouche Mehdi

 

« Angry white men », « Black Lives Matter ».. Vers « des » sociétés américaines ? Ancrage et héritage des minorités aux Etats-Unis

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« I believe Donald Trump can win the election. Why? Angry white men. She (Hillary) needs to win more of them and based on yesterdays (primary) results, she is not. » (radio.foxnews.com)

« Angry white men » (« Hommes blancs en colère »), un slogan, une revendication, un phénomène qui rappelle un passé sombre de l’histoire américaine.

Ce courant moderne, aux prémices silencieux, est désormais en pleine expansion depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. On parle même de l’émergence d’une « manosphère », un réseau de sites web et de forums en ligne dans lequel la misogynie atteint son plus haut paroxysme.

Au-delà d’être un phénomène qui suscite l’intérêt de nombreux médias, peut-on se demander si les Etats-Unis ne font pas face à ce que l’on peut appeler un « rappel du passé » ?

« Angry white men », « black power », « women’s league »… Les Etats-Unis sont caractérisés par une séparation constante de leur société. La société américaine se divise en minorités aux caractéristiques variées depuis l’époque coloniale ou l’esclavagisme du XVIème siècle. On parle de « minorités » en droit, en philosophie et dans les sciences sociales, pour désigner des communautés d’appartenance unies par des liens religieux, ethniques, linguistiques ou culturels.

Si l’on remonte l’histoire américaine, des droits et des privilèges sont accordés aux Américains blancs, venus majoritairement d’Europe, en matière d’éducation, d’immigration, de droit de vote et de citoyenneté. Alors que certaines minorités telles que les asio-américains, les latinos-américains, les amérindiens sont victimes d’exclusion xénophobe et d’autres formes de discrimination fondées sur l’ethnicité dans la société américaine.

Ce phénomène de minorités s’accentue largement dans les années 50’s/60’s avec une forte ségrégation raciale qui marque la société américaine, alors en pleine transformation face à une immigration en hausse et à une industrialisation.

Cette séparation en minorités est à la fois physique, matérialisée par la séparation des « noirs américains » avec les « blancs » dans l’espace public, les villes, les systèmes de services. Cette séparation est la plus emblématique des Etats-Unis des années 60. La ségrégation et la discrimination, phénomènes jugés banals à l’époque, renforcent un phénomène de communautarisme au sein des villes notamment de la côte Est des Etats-Unis. Si l’on prend le cas de la ville de New-York, les minorités se répartissent l’espace public. Les « noirs américains » s’établissent dans les quartiers d’Harlem et du Bronx tandis que « les blancs » vont monopoliser les quartiers de Manhattan et de Greenwich dès le début du XXème siècle. Désormais c’est une ville mondiale davantage cosmopolite, en plein phénomène « d’embourgeoisement » de ces quartiers ; mais cette répartition en minorités reste ancrée dans les mœurs.

Si l’on dépasse cette séparation physique de la société américaine, on observe un attachement à l’esprit de minorités chez beaucoup d’américains. Par exemple, le fait que le rap US née de la banlieue de Compton à Los Angeles soit une caractéristique des revendications de la minorité noire américaine et que le terme WASP « White Anglo-saxons protestant » soit davantage associé à la minorité blanche américaine montre que les Etats-Unis ne sont pas une société homogène mais compose un système de « sociétés ». Le système de minorités est ancré dans une conception américaine de la revendication. Chaque minorité est née de la revendication, d’une histoire propre à elle-même qui sépare chaque américain.

La société américaine est donc basée sur un système de minorités, qui une fois regroupé sous « The Star-Spangled Banner » (« la Bannière étoilée ») forme la nation, le peuple des Etats-Unis. Un peuple américain à identités multiples.

Il n’est pas archaïque de parler de minorités actuellement lorsque l’on examine la campagne électorale de 2016, son déroulement et son aboutissement. « Womens for Trump », « Womens for Hillary », « Black Lives Matter » (« les vies des noirs comptent »), « White Lives Matter » (« les vies des blancs comptent »): ces multiples revendications, ces positionnements politiques dévoilent les différentes caractéristiques de « ces » sociétés américaines qui s’affrontent sur l’espace public et durant la course à la Maison Blanche.

Le phénomène « Angry white mens » rejoint cette idée selon laquelle une part de la population, la minorité des hommes blancs, est en colère face à « trop » de féminisme à l’issu du mandat de Barack Obama, jugé comme étant un homme « antimacho ».

Le système de minorités, base d’une conception de la société américaine, fait l’objet d’une appropriation du politique. L’idée de dépasser cette conception de minorités et de division est propre au politique dans sa course au pouvoir.  Voulant être le « Président de tous les américains »,   c’est un enjeu de rassembler au-delà des minorités. Cette idée fût visible lors de la campagne de la candidate démocrate Hillary Clinton et de son slogan « Stronger Together ! » (« Plus fort ensemble ! ») mais aussi dans le positionnement du 45ème Président des Etats-Unis, Donald Trump qui voit dans le mouvement « Black Lives matter » un mouvement restrictif qui doit laisser place à un « All Lives matter » (« Toutes les vies comptent »).

Le système de minorités s’inscrit dans le passé américain et reste d’actualité. Mais en prenant compte de la démographie américaine, de l’immigration et des nouveaux enjeux internationaux, les minorités ne vont-elles pas devenir des majorités pour certains groupes de populations comme les latino-américains ? Va-t-on vers une recomposition de la société américaine ?

Sarrosquy Aurélien